La seconde mort d'Yvette Troispoux

Edito du 18 juin 2008 par François-Marie d'Andrimont /
La seconde mort d'Yvette Troispoux /
Yvette Troispoux, Arles 2004 © Photographie.com 

Yvette Troispoux avait beaucoup d'amis. Depuis plus de 75 ans, c'était carrément tout le monde de la photographie - qui ne la prenait pas vraiment au sérieux, mais « si Yvette n'était pas là, c'est que l'événement n'était pas important », se souvient François Hébel, le
directeur des Rencontres d'Arles. Elle est décédée le 11 septembre 2007. Elle était la “photocopine” des Doisneau, Ronis, Dieuzaide et tant d'autres qu'elle photographiait avec sa simplicité déroutante de son Leica, son cabas au bras. « C'était la seule qui aimait vraiment la photo, les autres ne pensent qu'à Beaubourg » estime, lapidaire, Jean-François Bauret. Pourtant, une part de l'histoire de la photographie pourrait bien disparaître ce prochain dimanche, car tous les négatifs d'Yvette Troispoux seront dispersés à tous vents lors d'une vente aux enchères, transformant sa mémoire en cendres. « Ce sont les négatifs qui renferment toute l'histoire de la photo. On disperse à Coulommier une part de l'histoire de la photo » s'insurge l'historienne Françoise Denoyelle qui avait pourtant contacté toutes les institutions, et obtenu l'intérêt de la BnF afin que le fond soit protégé. 
© Autoportrait  

À défaut d'une préemption, on ne peut que souhaiter que l'une des personnes qui accompagnaient la dame âgée grimper les 5 étages menant à son petit appartement après un vernissage tardif, puisse acquérir ce fond pour le confier à une institution patrimoniale. Car il y a urgence, déjà la plupart des tirages offerts à la « photographe des
photographes » par de nombreux et célèbres confrères semblent avoir d'ores et déjà disparus. Hormis un tirage de Marc Riboud (le peintre de la tour Eiffel), aucun de ces cadeaux, comme les désignait Yvette Troispoux, ne figure à la vente nous a confirmé en début de semaine Maître Françoise Dapens-Bauwe, la commissaire-priseur qui parait
totalement dépassée par la tournure de l'affaire. « Il y en avait très peu, cela m'a étonné. Je n'ai, par exemple, pas vu de photo signée Doisneau alors qu'ils étaient intimes… » se souvient Alain Bacouël qui avait aidé la commissaire-priseur à préparer la vente. Où sont les tirages offerts à Yvette par Robert, Willy, Jean et les autres ? Nul ne sait. Mr. Beaupeu, le généalogiste qui représentait les héritiers à Paris, nous a précisé qu'il n'y ne reste pas d'autres tirages que ceux présentés à cette vente. Restent bien d'autres questions : pourquoi cette vente qui ne devrait pas rapporter beaucoup, a t-elle été décidé alors qu'une institution avait proposé d'accueillir - et d'acheter - le fond photographique d'Yvette ? Pourquoi est-elle organisée loin de Paris, et surtout sans inventaire sérieux empêchant du même coup la préemption ? Ce gâchis symbolise assurément l'absence de protection du patrimoine photographique éclaté aujourd'hui par les intérêts privés et marchands. 
Hôtel des ventes de Coulommiers
1, Place 27 Août
77120 Coulommiers, France


à 14 heures
Le dimanche 22 juin 2008
1, Place 27 Août, Coulommiers, France
photographie.com : 2008-06-19