BERNARD FAUCON, LE LIVRE DES ESSAIS

 

C'est un livre qui n'aurait pas dû exister, de même que les petites images carrées, au développement instantané et à la vocation provisoire, auraient dû disparaître, une fois accomplie leur mission d'essai. Jetés, ces polaroids l'étaient presque, oubliés en vrac dans le long sommeil d'une valise, à l'exception de trente-six d'entre eux que Bernard Faucon avait rassemblés en une mosaïque carrée pour l'offrir en 1995 à Mady Faucon, sa mère. Trente-six vues pêle-mêle de chambres d'or, de landes arides, de cabanes vides et de bûchers prêts. Faucon aime mieux donner qu'entasser, comme le public de la Maison européenne de la photographie a pu s'en rendre compte aux derniers jours de la rétrospective de 2006, quand il est venu en file vider, objet après objet, la totalité du bric-à-brac venu du Temps d'avant et des Grandes vacances, invoqué par les Ecritures ou voué aux Idoles et à leurs Sacrifices. Voici donc que ces polaroids, clichés préliminaires à la réalisation d'une œuvre courant sur ces années 1970-1980 heureuses à tout le monde, ont été remis au printemps 2015 par leur auteur à Monsieur Zhong, mécène et collectionneur chinois. Une manière élégante et généreuse de rejouer la Fin de l'image, de sauver par leur envol vers l'Asie les pièces uniques de l'incendie ou du rangement fétichiste. Mais au bout du compte, ces Rescapés finissent par nous revenir, multipliés sur les pages d'un beau livre pas très grand, pour ressusciter, dans leurs tonalités denses et terreuses, le regard de juste avant.

 

Hervé Le Goff

 

Bernard Faucon. Rescapés.  294 pages 21x21cm, textes d'Anaël Pigeat, conception graphique Loïc Le Gall, Artron /éditions de l'Œil, relié, 34,90 €