PhotoDoc 2017

Des mots pour agir

Lire et relire Asli Erdogan, un pacte avec soi
Cover image: 

Que faire de là où on se trouve quand d’autres en première ligne subissent l’assaut, se dressent avec pour seules armes celles du Non, vital, du refus de l’extinction d’une espèce au profit d’une autre sanguinaire et décérébrée, comment avancer ? Dans quelle direction, pourquoi ?

Asli Erdogan a répondu. Les yeux ouverts devant la terreur, à quoi bon les fermer, les images étaient là installées à l’intérieur chargées de leurs mots, les meilleurs si bien écrits, sans faux semblants, horrifiés.

Je les ai lus.

Entre réel et irréel, seul le vécu différencie, affreusement, mais la douleur traine.

Pour soutenir l’écrivain, ses éditeurs ont trouvé une parade, rééditer ses textes pour lui assurer un soutien financier, mais aussi pour nous donner accès à la meilleure qualité d’ondes des mots qui soit, à la formidable justesse de dire; pour agir.

Le monde vit aujourd’hui une connexion permanente, particularité de notre époque, exception historique qui fait de nos voix, de nos choix individuels une force d’action encore ensommeillée, encore insoupçonnée. Tic, tac.

Il y a ceux qui beuglent leur sentiment de surpuissance et ceux dont « le silence n’est même plus à eux » pour qui il ne reste que leur cœur pour écho.

Malgré les apparences, forcément trompeuses, malgré les démonstrations de forces, ces cœurs là battent la mesure d’un nouveau système irrémédiablement en marche, en faveur d’un monde en fondamentale transformation.

Choisissons d’en être même d’ici.

Asli Erdogan, Le silence même n’est plus à toi, Actes Sud


Pour être aux côtés de l’écrivain j’ai pensé au photographe Edouard Beau, qui, il y a 12 ans voyant le camp de Sangatte utilisé comme argument politique dans la campagne présidentielle française, décide de rencontrer ces hommes qui rêvent d’Angleterre et avec qui il se lie d’amitié. Forcément, il décide d’aller à la rencontre de leurs familles là bas, en Iraq.

Il vit depuis pour une grande part au Kurdistan Irakien s’impliquant auprès des deux communautés dont il rapporte des images inestimables.

Edouard Beau accompagné par la galerie SOME/THINGS présentera une partie de ce travail, au Salon de la photographie documentaire, Halle des Blancs Manteaux du 28 avril au 1er mai 2017.

Charlotte Flossaut.


Sur le toit de la caserne de Kolajo, un drapeau kurde et un drapeau irakien.
Route entre Qhanakeen (aux confins sud du Kurdistan irakien) et Jalawla, "territoires disputés"(aujourd'hui ville détruite par daesh, puis par la reconquête de la ville), tenue par l'UPK, forces de l'Union Patriotique du Kurdistan. 
10/2012

Série Entre Tigre et Euphrate, Irak 2012 - 2013
© Edouard Beau