Didier Ben Loulou  Israel Eighties

Il a vécu et voyagé trente ans avant de se pencher sur les planches contact laissées dans sa chambre d'ado du domicile familial. Et c'est bien de la jeunesse de Didier Ben Loulou qu'il s'agit : un séjour initiatique en kibboutz comme cela se faisait beaucoup dans les décennies 1970-1980 et des retours réguliers à Tel-Aviv, jusqu'en 1985, au moment où le photographe décidait de s'éloigner du noir et blanc qui, selon son jugement de l'époque, "ressemblait trop à ce qu'il fallait oublier, la nostalgie pseudo-humaniste des années 1950-60". Heureusement, les planches-contact sortent intactes d'un long sommeil et les images se retrouvent dans un livre pour toucher leur spectateur comme elles ressuscitent les émotions de leur auteur. À part le soldat armé et sa blonde fiancée photographiés de dos en train de consulter  les horaires de séances de "Missing in Action 2", tout ici nous offre les images non volées d'un pays en paix. Les Israéliens de Ben Loulou vivent leur vie de petites gens de tous âges et pas très riches, au marché, au travail, au café, aux champs ou aux chantiers et parfois même à la plage. Depuis, le photographe est passé définitivement à la couleur, il a publié quatre livres, remporté des prix et sans doute fallait-il un long parcours pour apprécier ce retour aux antiques quartiers de Jérusalem, de Jaffa, de Nazareth ou de Saint-Jean d'Acre, vers des tonalités grises auxquelles il découvre, à trois décennies de distance, une saveur proustienne, livrée à l'italienne en papier mat.

 

Hervé Le Goff

 

Didier Ben Loulou. Israel Eighties. 120 pages 29 x19, 5cm, broché, éditions La Table ronde, 29 €.