GEORGES TOURDJMAN | La photo de mode, et bien plus

Georges Tourdjman est mort ce 23 décembre 2016, auprès Bénédicte, sa femme, et de ses deux fils, César et Mathieu ; il avait 81 ans, il ne parlait pas de sa maladie et la mort comme souvent, nous a fait cette mauvaise surprise. Avec sa barbe blanche de prophète et sa belle voix grave, Georges faisait partie de ceux qu'on sentait toujours présents, lui qui se prêtait facilement au contact et à la rencontre des autres. Privilège du journaliste, le bonheur m'a été plusieurs fois donné de l'entendre parler autour de ses images, de sa formation à New York auprès du grand Alexey Brodovitch, et surtout de sa prodigieuse traversée du monde de la mode, des dernières années de la haute couture à l'arrivée de nouvelles cultures, pop ou post-modernes. Tourdjman était aussi à l'aise dans ces divers registres, comme il brillait, anonyme dans ses films publicitaires, magistral dans l'exercice si difficile du nu. J'avais autant de plaisir que d'intérêt à me tourner vers lui dans mes projets de publication, lui donnant dans un livre sur la photographie la page qu'il mérite, ou lui ouvrant la formule "planche-contact" développée dans les feu revues Zoom et Photo-Journal, autour des portraits qu'il avait faits du jeune Robert Mapplethorpe en 1982 à New York et, à Paris en1972, du monument qu'était Man Ray. Prises à dix ans d'intervalle, les deux photos sont maintenant célébrissimes, qui nous montrent le jeune photographe, coqueluche de la scène artistique de Manhattan souriant dans sa pleine gloire d'enfant terrible, et, trônant en béret près de son vieux poêle, le pape surréaliste tirant la langue à l'objectif. Me revient ce récit que m'avait fait Tourdjman de cette séance dans l'atelier de la rue Férou, quand jeune photographe, il avait obtenu son rendez-vous, et que, le portrait bien classique une fois dans la boîte, pensant que l'occasion ne se représenterait sans doute jamais de toucher le génie d'aussi près, il osait : "Maintenant, faites quelque chose pour moi !" C'est alors que l'illustre modèle improvise, image et son, le spectacle d'un gros pet. Tzara et Duchamp n'étaient pas loin. À la demande du photographe Philippe Abergel qui réalisait un court métrage sur lui, Georges Tourdjman avait accepté il y a deux ans de venir converser avec nos étudiants de l'école Efet. À son tour, comme Brodovitch et Man Ray, avec sa faconde et malgré sa grande gentillesse et son extraordinaire simplicité, Tourdjman impressionnait de jeunes esprits ; ils doivent avoir une pensée pour lui aujourd'hui.

Hervé Le Goff

portraits Bernard Perrine, Philippe Abergel

George Tourdjman  par Bernard Perrine 1975