Henri Cartier-Bresson, photographe

HENRI CARTIER-BRESSON PHOTOGRAPHE, un titre d'immortalité

Il faut remonter bien loin dans le temps, disons avant la deuxième guerre mondiale, pour trouver un photographe qui ne doive pas sa vocation à une exposition ou à un livre d'Henri Cartier-Bresson. Avec l'appareil photo reçu en cadeau initiatique d'adolescence (en général un Brownie !), le tremplin se ramène toujours à ça, au cadeau d'un beau bouquin d'HCB. Il y a eu les tout premiers, "Photographs of Henri Cartier-Bresson" et  "Image à la Sauvette" qui ont enthousiasmé la génération Leica des deux côtés de l'Atlantique et il y a en 1979 eu la première monographie, éditée en bonne intelligence par Robert Delpire, sur le choix de l'auteur. Elle ne devait pas être si mauvaise, pour qu'une fois épuisée, on décide de la rééditer sans grand risque de bouillon et puis une seconde fois et une autre encore pour bientôt atteindre la dizaine d'impressions, avec au passage un remaniement en 1992, supervisé par l'auteur lui-même.  "Henri Cartier-Bresson Photographe" est donc devenu un classique de la photographie et de l'édition, voué comme le Phénix et "Les Misérables" à toujours renaître, semblable à lui-même. Certes s'ajoutent quelques touches de modernité, mais subsiste l'intacte fraîcheur des photographies qui ont déterminé une carrière et entamé une audience mondiale, et la préface originale d'Yves Bonnefoy qui nous replonge dans ces années 1970, quand photographie d'auteur prenait son essor avant de battre des records aux premières ventes aux enchères de tirages.

Annoncerait-on dans cette édition 2016 des inédits, que personne ne le croirait. La collection d'images s'enrichit cependant d'œuvres moins connues que les icônes qui surgissent au fil des pages, au prix d'une infidélité posthume aux choix initiaux de Cartier-Bresson, décédé en août 2004. Comment recevoir aujourd'hui ce livre ancien mais aussi tout neuf, sinon comme le cadeau à faire à des jeunes gens qui pour ne plus croire au père Noël se cherchent plus que jamais des maîtres et des repères. La "géométrie" (entendez "le cadrage composé "), l'"instant décisif" (entendons le juste "arrêt sur image"), "l'image parfaite isolée"que les premières éditions de la FIAC avaient rejeté out of vision prennent leur revanche sur les mornes séries contemporaines tout en marquant leur distance au très standard de 50mm que Cartier Bresson avait adoptée une fois pour toutes. Célébré en 1982 par le même Delpire avec le deuxième numéro de Photopoche (après le défunt Nadar, pas de quoi prendre ombrage) Cartier-Bresson reste encore numéro un et le beau gros livre majeur contribue à sceller le trophée.

Hervé Le Goff

• Henri Cartier-Bresson photographe. Collection Maestro, préface Yves Bonnefoy, 344 pages 29,5 x 28,5 cm, relié, toilé avec rabats, éditions Delpire, 65 euros.