Herb Ritts, plein feux sur la beauté.

Madonna (True Blue Profile), Hollywood 1986 © Herb Ritts Foundation

Sa mort en 2002, survenue à tout juste cinquante ans, avait endeuillé l'univers de la photographie de mode qu'il avait contribué à embellir. Héritier de George Hoyningen-Huene, d'Herbert List, contemporain de Horst P. Horst, de Richard Avedon, de Robert Mapplethorpe et de Bruce Weber, Ritts souscrit comme eux  à la perfection technique et à la rigueur esthétique, telle que l'exigeaient les grands titres sur papier glacé nommés Harper's Bazaar, Rolling Stone, Vanity Fair ou Vogue. Et comme ses illustres confrères, il doublait ses commandes d'une recherche personnelle qui pouvait croiser le fil du génie pour faire naître quelques chefs-d'œuvres dans le flux de la production. Côtoyant mannequins et models, Ritts a su, au cours d'une courte carrière de 24 ans, célébrer les corps et multiplier ses inventions. Il était temps, quatorze ans après sa disparition, de lui consacrer une rétrospective et d'imaginer le livre qui s'inscrirait dans les pages que l'histoire de la photographie réserve à la beauté absolue. Deux souhaits réalisés en même temps, avec l'accrochage somptueux sur un niveau entier de l'Hôtel Hainault de Cantrobe et la publication d'une monographie aux éditions Contrasto. 

 

L'accrochage de la Maison européenne de la photographie retrace le parcours du photographe depuis sa désertion du commerce paternel et le coup d'audace tenté et réussi en 1978 dans le désert de Californie avec le jeune acteur Richard Gere, jusqu'aux dernières séances réalisées en 2002 avec Ben Affleck aux rives du lac El Mirage, encore un désert. Sous sa couverture blanche peau de pêche, frappée de l'emblématique Backflip de 1987, l'ouvrage d'Alessandra Mauro réjouit le lecteur par une conception éblouissante, associant  aux icônes-posters de muscles et de cambouis, de sensualité noire et de peau de pieuvres, des portraits rares de monstres sacrés du cinéma et de rock stars, photographiés dans une approche à chaque fois renouvelée, souvent drôle, toujours originale. Faisant irruption dans ce monde des apparences sophistiquées et des images de soi contrôlées, la parenthèse africaine d'Herb Ritts renvoie l'éclat solaire de paysages arides et magnifiques, surprend une faune heureuse et nous mène à la rencontre hors-tourisme des majestueux Massaï.

Hervé Le Goff

Herb Ritts, En pleine lumière. Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, jusqu'au 30 octobre 2016.

Alessandra Mauro. Herb Ritts, En pleine lumière. 196 pages 20x24cm, 127 photos, relié, éditions Contrasto, 39 euros.