Le Prix Niépce 2017 Gens d’images est attribué à Olivier Culmann

Le Prix Niépce 2017 Gens d’images est attribué à Olivier Culmann.
Né en 1970 à Paris et travaillant à Montreuil, le photographe est membre du collectif Tendance Floue depuis 1996.
La candidature était parrainée par Christian Caujolle, directeur artistique et fondateur de VU.
Le jury, présidé par Héloïse Conésa, conservatrice pour la photographie contemporaine au Département des estampes et de la photographie, accueilli à la Bibliothèque nationale de France, a délibéré mardi 16 mai 2017. Il était composé de personnalités appartenant aux diverses professions impliquées dans la réalisation, la production, la critique et l’édition de photographies.

Lettre d’introduction d’Olivier Culmann par son parrain Christian Caujolle

«De décennie en décennie le parcours personnel et professionnel d’Olivier Culmann s’articule en permanence avec les évolutions aussi bien des métiers que des analyses de ceux qui pratiquent l’image pour questionner l’état du monde.

De façon devenue aujourd’hui classique, il est venu d’une tradition humaniste du photojournalisme, riche de sa connaissance d’une histoire prenant racine dans les années trente, rénovée formellement dans les années cinquante et soixante puis développée dans la notion de projet. Projets au long cours, façon de pactiser avec le temps pour éviter le risque de super cialité inhérent aux séductions de l’instantané, projets qui, également, sont conçus comme dialogue
avec ceux que l’on photographie et avec des pairs que l‘on associe à son parcours et à ses questionnements. C’était le temps du noir et blanc, d’une écriture brillante et légère à la fois, du cadrage et des restitutions sous forme de récit d’enquêtes visuelles à vocation universaliste. C’était aussi le temps des commandes pour la presse, des premiers projets collectifs, de l’ancrage dans les problématiques sociales.

Puis vint le temps du documentaire. Du passage à la série, au dispositif répété productif d’une imagerie qui, là encore voué à accompagner la globalisation par une enquête internationale se centra sur les consommations de la télévision. Les acquis de l’image instantanée sont là,
qui permettent de saisir non plus un « instant décisif » mais des attitudes, des situations
« signi catives ». Consacré à la télévision, ce « Watching TV » est aussi une première ré exion sur l’image. Sur la sidération qu’elle provoque, sur la fascination qu’elle exerce, sur le hors-champ, sur le portrait et la distance qu’il questionne. Une façon, aussi d’af rmer que, quel que soit l’enjeu de restitution et d’interrogation sur le monde qu’implique la pratique de la photographie, elle ne peut se développer de manière satisfaisante que si elle analyse aussi l’outil qu’elle met en œuvre.

Avec humour, avec un sourire et une délectation non dissimulés, Olivier Culmann passe ensuite à une ré exion en pratique sur la nature de la photographie et sur l’approche que nous
en avons avec « The Others » et « Diversions ». Se confrontant à des genres classiques qui,
venus de la peinture, ont fondé des légitimités de la photographie, il propose, avec des portraits (autoportraits) et des paysages, de ne pas nous en tenir à ce que nous croyons voir mais de nous interroger sur les procédures qui nous amènent à croire que nous voyons ceci ou cela. L’analyse, ne, subtile, qui se nourrit d’une connaissance et de l’histoire et des pratiques professionnelles (en Inde pour le portrait , dans le champ de la photographie contemporaine pour les paysages) est également une af rmation de la modernité. On sait qu’il est indispensable de penser l’outil que l’on utilise, de se situer parmi les multiples dé nitions possibles, de s’inscrire dans un champ et d’af rmer un point de vue – théorique et pratique – pour qu’une création visuelle soit réellement contemporaine. C’est à l’évidence le cas et ce parcours, du photojournalisme à une forme de documentaire conceptualisé, est bien en accord avec les évolutions rapides de la photographie.

Cette évolution a d’autant plus de sens, au-delà de l’évident savoir-faire et des prises de position d’Olivier Culmann, qu’il a choisi de participer – et d’en être bien souvent moteur– de l’aventure de l’un des premiers collectifs de photographes, l’un des plus importants historiquement, Tendance Floue. Trouver de nouvelles formes, d’expression et d’organisation, de mode de production comme de proposition visuelle est au cœur d’une pratique qui se remet sans cesse en cause, avec exigence et précision, sans aucun spectaculaire mais en prenant le vrai temps de la ré exion, de l’expérimentation, puis de la réalisation.

Alors qu’il est indéniablement un des professionnels qui comptent – et qui, même aujourd’hui, n’a jamais rechigné au travail en commande dont le champ s’est déplacé de la presse vers le corporate – Olivier Culmann a un parcours à la fois exemplaire en tant qu’individu qui s’accomplit dans la production d’un corpus cohérent en analytique et signi catif des évolutions – de la maturation – d’une photographie qu’il a largement contribué à faire avancer, entre autres en menant le débat au sein du collectif dont il est l’un des principaux animateurs.

À ce titre, à bien d’autres encore, il me semble représenter, tout en restant évidemment lui-même et singulier – un moment important de la photographie en France.

Christian Caujolle
Directeur artistique, fondateur de VU