Rencontre photographiques d'Arles

Levitt France

Une utopie pavillonnaire

Fort de sa réussite dans l’industrialisation de la construction de maisons individuelles aux États-Unis, William Levitt, promoteur et constructeur américain, décida en 1965 d’exporter son modèle de villes pavillonnaires pour l’implanter dans la banlieue parisienne. Il construisit ainsi plusieurs « villages » qui correspondirent à un peu moins de 5 000 logements, son grand projet étant celui d’un quartier de Mennecy (91) avec près de 1700 logements construits en 1970. La standardisation des maisons permit d’abaisser considérablement les coûts et les délais de construction et d’attirer de nouveaux propriétaires issus de la classe moyenne. Assurément ces projets contribuèrent à modeler le paysage francilien et à diffuser dans la culture urbaine française le modèle pavillonnaire qui allait connaître un grand succès dans les années 70-80. 

La particularité du modèle pavillonnaire de Levitt tenait dans l’application d’un règlement très strict de copropriété censé d’éviter une mixité sociale pour garantir ainsi une forme de stabilité sociale à travers un entre-soi savamment organisé : absence de clôture entre les maisons, nécessité de maintenir propre son jardin, interdiction d’abattre tout arbre, horaires autorisés pour tondre le gazon, etc.

Cette exposition présente cette histoire peu connue du public français à travers des archives, des photographies d’époque d’occupants de ces logements et des séries construites récemment par cinq photographes qui abordent ce sujet selon des angles différents.

Camille Richer qui elle-même a vécu dans une maison Levitt à Mennecy tourne son regard vers l’extérieur et s’intéresse à ce qui constitue les frontières de ce lotissement. Bruno Fontana propose, via un protocole de prise de vue qu’il applique scrupuleusement et de façon identique à chaque villa, de construire une typologie de ces constructions et d’identifier ce qui fait que chaque famille, à travers l’aménagement du jardin, s’est approprié son pavillon pour le différencier de ceux du voisinage. Jean Noviel s’intéresse aux articles du règlement censé faire ces quartiers des lieux préservés de tout changement désordonné ou disgracieux. Julie Balagué aborde ces lieux qui ont souvent servi aux tournages de publicités sous l’angle d’un décor de cinéma. Vincent Fillon s’intéresse quant à lui aux porosités entre espaces publics et espaces privés, notamment à travers l’aménagement paysager des jardins puisque chacun entretien son jardin sous le regard de son voisin et veille également, à son tour, à ce que rien de visible de l’extérieur ne vienne perturber l’utopie originelle.

L’intérêt majeur de cette exposition réside dans la complémentarité des traitements photographiques de ce qui constitua une utopie pavillonnaire dont l’impact est encore largement visible dans de nombreux paysages urbains français.

Michel Grenié

 

 

Levitt France

Une utopie pavillonnaire

03 juillet au 24 septembre 2017 | Rencontre photographiques d'Arles | Parc des Ateliers, Magasin Électrique

 

Commissaire d’exposition : Béatrice Andrieux

Photographes : Julie Balagué, Vincent Fillon, Bruno Fontana, Jean Noviel, Camille Richer