LOUIS STETTNER,

LOUIS STETTNER, le Newyorkais de Saint-Ouen

le Newyorkais de Saint-Ouen

Louis Stettner  vient de mourir, quelques jours après la fin de la rétrospective que lui a consacrée le centre Georges Pompidou, quelques mois après avoir réalisé ses dernières prises de vues à la chambre grand format, dans les Alpilles. On dirait donc qu'à l'âge de 94 ans il est mort en pleine activité, en pleine lumière, poursuivant une œuvre ininterrompue sur près de six décennies. Chacun conserve en lui-même une de ses photos de Paris ou de New York, les deux villes qu'il aimait passionnément, ayant grandi dans la première et choisi de vivre près de la seconde. Louis Stettner est citoyen américain, né en 1922 à Brooklyn d'un père menuisier juif roumain de Czernowitz, immigré de fraîche date. L'adolescent ambitionne de devenir ingénieur, il entamera une formation à la Princeton Academy. L'entrée en guerre des États -Unis change les plans du jeune Stettner : se souvenant du Brownie offert par son père pour ses treize ans, il se retrouve affecté dans les rangs des troupes d'infanterie en qualité de reporter. Stettner libéré décide de continuer l'exercice, il adhère à la Photo League fondée en 1936 par Paul Stand et Berenice Abbott et commence à photographier New York avant de s'installer à Paris en 1947. Il y gagne sa vie en pigeant pour plusieurs titres européens et américains  comme Life, Time et Paris Match. Mais il change encore de route et s'inscrit à l 'Institut des hautes Etudes Cinématographiques. La photographie finit par s'imposer et Louis Stettner qui fait la connaissance d'Édouard Boubat, de Willy Ronis, d'Izis, de Robert Doisneau et du grand Brassaï, s'intéresse à son tour au Paris populaire, à ses petites gens et à ses banlieues. Cette fibre humaniste se double d'une vision poétique que Stettner saura imprimer à toutes ses images d'Europe, d'Amérique latine et de New York qu'il retrouve en 1952. Encouragé par ses illustres confrères et compatriotes Alfred Stieglitz et Paul Strand, Stettner développe une production photographique féconde qui donne matière à deux monographies, " Sous le ciel de Paris",  paru chez  Parigramme en 1994 et "Louis Stettner’s New York 1950s-1990s" chez Rizzoli en 1996. Louis Stettner s'est fixé définitivement à Saint-Ouen, au Nord de Paris en 1990, dans l'environnement qui l'avait enchanté dès son arrivée en France. À quelques minutes de Paris, il continuera ses promenades improvisées dans les rues et dans les parcs, sans se priver de quelques retours à New York. Cinéaste manqué, photographe magistral, Louis Stettner dessinait et sculptait aussi. Avec une importante production régulièrement exposée à la galerie David Guiraud, il laisse de lui un buste en bronze, autoportait en philosophe épicurien invité à ses joyeux vernissages.

Hervé Le Goff