Marc Riboud, l'Orphelin de la Chine

La nouvelle est tombée la veille de la rentrée, au carrefour de la récréation finissante des grandes vacances et le retour des écoliers : mardi 30 août, Marc Riboud venait de quitter ce monde qu'il avait sillonné avec tant de liberté, et toujours avec cette ardeur à s'y immerger, cette appétit de connaître ceux qui l'habitent. Les biographies se sont succédé pour saluer l'homme et pour tenter de cerner l'œuvre immense, en cours de l'inventaire entrepris par le photographe lui-même. Aujourd'hui donc les hommages, le clin d'œil consolateur du Peintre de la Tour Eiffel, la fleur épanouie de la belle pacifiste de Washington, bientôt les rétrospectives et les monographies. 

Dans l'importante bibliographie, je retrouve "I comme image", ce petit livre  aussi modeste que précieux, publié en 2010 par Marc Riboud, photographe, et Catherine Chaine, écrivain, dont on sait peut-être qu'ils sont mari et femme. De A comme Acrobate à Z comme Zizi, l'ouvrage parcourt l'alphabet, illustrant chacun de ses vingt-six lettres de quelques photographies de Riboud. Me revient cette image de Chine, d'un jeune garde en faction à l'entrée du Palais du Peuple, Pékin, photographié en 1971 par une froide nuit d'hiver, si on en croit la neige et le ciel noir. Le beau visage encore imberbe dégage une telle mélancolie qu'il lui a valu d'entrer dans l'abécédaire à la lettre T, comme Triste. Je ne sais pas dans quel état d'âme se trouve aujourd'hui le petit garde devenu dans le meilleur des cas sexagénaire, mais son regard, emporté par le photographe de France me semble le plus juste à transmettre, même à des milliers de kilomètres et à quarante-cinq années de distance, le salut du pays-continent qui, des brumes mauves  des Montagnes célestes de Huang Shang aux derniers hutongs de Shanghai perd un de ses plus grands amis artistes.

Hervé Le Goff

Le festival PHOTOfolies rend hommage à Marc Riboud à la galerie Foch à Rodez, dans le cadre de son édition HISTOIRE(S) DE VOIR, du 1er au 30 octobre 2016.

Jeune garde au Palais du Peuple, Pékin, 1971 © Marc Riboud. "Triste" dans I comme Image, de Marc Riboud et Catherine Chaine, (édition Gallimard Jeunesse / Les Trois Ourses, Paris, 2010)