MAXIME ZHANG, GELATINO-BROMURES

MAXIME ZHANG, GELATINO-BROMURES

Une affaire de sensibilités

Quand il quitte son Zhejiang natal en 1983, Maxime Zhang fait en sens inverse le voyage des premiers photographes européens venus en Chine exploiter le tout nouveau daguerréotype. Comme eux, il entend faire commerce en terrain neuf, en l'occurrence dans le domaine du prêt-à-porter. Heureux en affaires, le voici mécène de l'artiste qu'il est aussi. Car Maxime Zhang est peintre, auteur d'une production exposée et reconnue,  louvoyant entre l'abstraction et la nouvelle figuration.

Sa passion pour la photographie trouve son origine dans la beauté des appareils anciens, nés du génie d'opticiens et du talent d'ébénistes, nobles jalons d'une invention bientôt bicentenaire et depuis longtemps acquise à l'électronique. À la tête d'une belle collection d'appareils et d'objectifs de toutes époques, Maxime Zhang a voulu rejoindre l'image mécanique au moment où, aux années 1870, le gélatino-bromure se substitue à l'antique collodion pour se coucher sur la plaque de verre disposée au fond de la chambre noire. Maxime Zhang, n'invente rien, au contraire, il retrouve les recettes du XIXe siècle laissées par des chercheurs nommé Gaudin, Maddox ou Mawdesley, et comme Benett et Monckhoven, leurs suiveurs, il s'ingénie à augmenter la sensibilité de ses plaques, à se rapprocher du rêve ancien de l'instantané. Ayant enfin rendu à ses appareils collectionnés les plaques fraîches qu'ils ont connues,  l'artiste devenu chercheur pouvait ressusciter la passion de ses glorieux devanciers prêts à parcourir le monde et à en faire partager les beautés. Pourtant, le fac-simile et le pastiche puisés aux inspirations d'un Eugène Atget ou d'un Giorgio Sommer sont autant de plaisirs faciles auxquels se refuse Maxime Zhang. Visités en ce début du XXIe siècle avec la curiosité des voyageurs du XIXe, la Chine médiévale, le brouillard de Londres ou les ruelles de Quimper renoncent à leur vocation de cartes postales pour entrer dans  le jeu très contemporain d'un plasticien habile à tirer profit de ses accidents de manipulation et des caprices des réactions chimiques, comme si la matière vive du gélatino-bromure de ses plaques partageait avec l'huile de ses toiles le pouvoir ineffable de transcrire ses contemplations d'artiste.   

 

Hervé Le Goff

 

Maxime Zhang, Photographies au gélatino-bromure (2010-2016). Exposition proposée par l'association France Chine Partenaires à la faveur du Nouvel an chinois. Mairie du 3e arrondissement, 2, rue Eugène Spuller, Paris, Bibliothèque Marguerite Audoux, 10 rue Portefoin, 75003 Paris, du 25 janvier au 4 février 2017.