Paradis au Bonheur du jour

Paradis au Bonheur du jour

Ces images nous renvoient aux années 1980, quand les garçons avaient renoncé aux cheveux longs, aux chemises indiennes, pour retrouver le jean standard, le perfecto et, aux beaux jours de l'année et de la drague, le débardeur . À cette époque, Yves Paradis, faisait partie du petit nombre à s'inspirer en plein jour de l'intimité de jeunes hommes pour construire une œuvre, comme en laisseraient des aînés nommés Raymond Voinquel, George Platt-Lynes ou des contemporains signant Bruce Weber ou Herb Ritts. Mais c'est plutôt chez un Raymond Depardon ou une Janine Niépce qu'il faudrait chercher les prolégomènes du travail de ce Breton passé par des études d'hôtellerie, venu à la photographie par le détour d'un hebdomadaire qui le case au laboratoire photo avant de lui laisser faire ses premières armes en reportage et se spécialiser dans la chronique locale des fêtes de village, des processions religieuses et des bals du samedi soir. Chemin faisant, l'objectif d'Yves Paradis devient plus sélectif, découvrant chez les garçons un territoire plus proche du sien, et une sensibilité qui, des âpres landes de Pierre-Jakez Hélias et d'Hervé Jaouen passerait vers les chaudes pages de Roger Peyrefitte ou de Jean Genêt. Sans alibi ni fausse honte, Paradis saura collectionner ses modèles, en faire les acteurs d'un bonheur qui se cherche sans nécessairement se trouver, serpentant entre l'allusion érotique d'une carrure en démarche chaloupée et l'essai esthétique d'un dos en maillot rayé, une rêverie aux doubles vitres d'un miroir. L'exposition montée à la nouvelle adresse de la galerie Nicole Canet, haut-lieu de l'imagerie érotique des 19e,  20e et 21e siècles, livre la production masculine que Paradis développe entre 1980 et 1993 pour s'arrêter au seuil l'évolution d'une société gagnée par le numérique, acquise au narcissisme, moins regardante sur la pudeur et bientôt offerte aux exhibitions des réseaux sociaux, sinon des sites de rencontres. En tout, une soixantaine de tirages vintage 30x30 exécutés et signés par l'auteur. A voir, comme un joli chemin à travers l'hiver.

Hervé Le Goff

Yves Paradis, Instants d'éternité, photographies des années 1980 à 1993. Galerie Nicole Canet, 1, rue de Chabanais, Paris 2e, jusqu'au 7 janvier 2017.