Patrick Willocq : au rendez-vous de l’histoire

Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité a écrit Nietzsche. Criante véracité qui nous confronte en 2016 au constat d’une mer Méditerranée devenue le cimetière de plus de 4579 migrants dont 700 enfants* en tentant de passer des rivages du Maghreb à ceux de la Sicile. Face à l’angoisse qui sévit devant cette vague migratoire qui met souvent l’Europe aux abonnés absents pour alimenter les discours alarmistes de toutes les extrêmes, Jean-François Delort et Patrick Willocq ne pouvaient rester indifférents. La photographie de Patrick Willocq vient à point nommé pour créditer d’un vrai sens esthétique la composition de toutes ses images chargées d’histoires, au service d’un dialogue iconographique qui efface tout préjugé.

Patrick Willocq puise dans son imaginaire de photographe « à la peau blanche mais à l’âme noire » depuis son adolescence congolaise, l’art de métamorphoser le réel en poignant tableaux à l’image de ses profondes convictions humanistes. Dans ce village de Saint Martory, loin du vacarme de l’actualité, c’est notre douce France qui offre un prestigieux théâtre naturel pour mieux décrypter l’Histoire en train de se faire à quelques lieux de là, sur nos frontières turques, grecques, italiennes en proie à toutes les tragédies humanitaires. Cette exposition est une invitation exceptionnelle aux « noces paysannes de la solidarité » dirait Breughel. Comme en témoignent parmi les 64 portraits exposés, Sarah venue d’Erythrée, Papy de France, Thoma du Tchad, Elie de France, Bibiche de Saint-Martory, Adnan du Pakistan, qui ont participé avec passion à la réalisation de ces œuvres pour témoigner d’une France, toutes opinions confondues, en quête de son héritage historique de terre d’accueil dans la dignité et le respect.

Il y aura un avant et un après suite à ce rendez vous obligé, souhaité au château de Saint-Martory, pour mieux nous transposer le temps d’une visite en citoyens du monde avisés et solidaires. Parcequ’il vaut mieux éviter que les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts** entre nous tous.

--Alain Mingam

 

Notes :

  • *ONU (Marianne N°1041)
  • ** Isaac NEWTON

C’est l’histoire humaine de gens, miroir de la France d’aujourd’hui, que j’ai voulu mettre en scène : celle d’hommes, de femmes et d’enfants, français et étrangers, amenés à cohabiter ensemble sans l’avoir demandé.

D’un coté nous avons des français en milieu rural. Ils sont 900 dans leur village, confrontés du jour au lendemain à de vrais migrants, comme ceux qu’ils voyaient à la Télé. Parfois confus par les stéréotypes de la presse et les amalgames en tous genres, ils ont eu peur lorsqu’ils ont su que des migrants allaient s’installer chez eux. Cette peur est passée petit à petit. Mais elle a été réelle.

De l’autre côté nous avons 50 étrangers, des demandeurs d’asile, des personnages « en crise » qui ont fui la violence, l’oppression et la discrimination, la guerre dans leurs pays d’origine. Ils ont atterri dans un village comme il en existe tant d’autres en attendant que leur dossier soit analysé par les autorités. Ils sont heureux d’être ici. « Ici j’ai trouvé la paix » dit l’un d’eux.

Je me suis immergé pendant quatre mois à Saint-Martory avec ma collaboratrice Maria Pia Bernardoni. C’est en les écoutant, en cherchant le meilleur moyen de raconter leur histoire, que ce projet artistique communautaire est né.

L’idée était que français et demandeurs d’asile, mués en comédiens, créent ensemble une œuvre photographique qui témoigne de leur histoire et qui renvoie à l’universalisme de leurs conditions. Car il existe des « Saint-Martory » partout en France, en Europe et dans le monde. Je voulais fédérer des gens dont l’opinion sur les migrants est aux antipodes : toute l’essence du projet est là.

Français et étrangers ont aussi participé à la création des décors (certains jusqu’à 12 mètres de long, 10 mètres de profondeur et 6 mètres de haut) avec une iconographie riche en symboles de la migration et de ce village du Sud-Ouest.

Au delà du projet artistique, ceux qui étaient contre la présence de migrants n’ont pas changé fondamentalement d’avis, mais ceux qui y étaient indifférents ont été sensibilisés et ont vu plusieurs de leurs stéréotypes tomber.

“Un projet en commun qui montre que nous vivons tous dans un monde où le respect humain fait de nous des hommes et des femmes ordinaires mais avec une sacrée dose de fraternité” résume Papy.

--Patrick Willocq

 


Exposition au Château de Saint-Martory
Exposition ouverte : Le dimanche 22/10/2017, puis du samedi 28/10 au 05/11/2017 de 14H à 18H.