Sebastião Salgado, Bruno Barbey et Jean Gaumy élus à l’Académie des beaux-arts

10 ans après la création de la section de Photographie à l'Académie des beaux-arts et l'élection de Lucien Clergue et Yann Arthus-Bertrand, la section accueille –le 13 avril 2016– trois nouveaux photographes élus en séance plénière :

  • Sebastião Salgado au fauteuil précédemment occupé par Lucien Clergue (1934-2014)
  • Bruno Barbey au fauteuil n°3 (nouveau fauteuil)
  • Jean Gaumy au fauteuil n°4 (nouveau fauteuil)


Sebastião Salgado
Sebastião Salgado est né le 8 février 1944 à Aimorés au Brésil. Economiste de formation, il débute sa carrière de photographe professionnel en 1973 à Paris où il a fui la dictature militaire de son pays natal ; il intègre tour à tour les agences Sygma (1974-1975), Gamma (1975-1979) et Magnum (19791994). En 1994, il fonde avec son épouse Lélia Wanick Salgado une agence exclusivement dédiée à son travail, Amazonas images. Auteur de reportages d’actualité sur les guerres d’Angola et du Sahara Espagnol, la prise d'otages d’Entebbe ou la tentative d'assassinat de Ronald Reagan – il conduit parallèlement des projets personnels à long terme, donnant lieu à publications et expositions.
De 1977 à 1984, il parcourt l'Amérique latine, visitant les villages montagnards les plus reculés ; le livre Autres Amériques, publié en 1986, témoigne de la persistance des cultures paysannes et indiennes et de la résistance culturelle des Indiens de ce continent. La Main de l’homme (1993) réunit les photographies de 26 pays parcourus de 1986 à 1992 pour illustrer l’évolution du travail manuel. En 1984-1985, il parcourt la zone du Sahel frappée par la sécheresse ; en immersion dans les camps de réfugiés, son travail aboutit à la publication en 1986 de Sahel. L'Homme en détresse qui témoigne de la souffrance des victimes de la famine. Il se consacrera ensuite successivement aux paysans brésiliens sans terre (Terra, 1997) ou encore aux mineurs (Serra Pelada, 1999). En 2000, il publie Exodes et Les Enfants de l’exode, qui rassemblent cinq ans de reportages sur les déplacés, les réfugiés et les migrants.
En 2004, il commence à travailler sur le projet Genesis, un hommage à la beauté des origines qui se veut un rappel à chacun de sa responsabilité vis-à-vis de la planète ; le projet, spectaculaire, sera achevé en 2011.
Il a créé en 1998 l’Institut Terra de reforestation et d’éducation à l’environnement. En 2014 le documentaire le Sel de la terre coréalisé par son fils Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders présente son travail au cinéma. Ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF depuis 2001, Sebastião Salgado a été récompensé par de nombreux prix.
Grand témoin de la condition humaine et de l’état de la planète, Sebastião Salgado conçoit la photographie comme « un langage puissant pour tenter d’établir de meilleurs rapports entre les hommes et la nature ». Depuis toujours il travaille presque exclusivement en noir et blanc, qu’il considère à la fois comme une interprétation de la réalité et une manière de traduire la dignité irréductible de l’homme.


Bruno Barbey
Bruno Barbey est né au Maroc en 1941. Il étudie la photographie et les arts graphiques à l’Ecole des Arts et Métiers de Vevey, en Suisse (1959-1960). Au cours de cette décennie, il réalise des reportages consacrés à plusieurs pays européens et africains pour les Editions Rencontre à Lausanne et rejoint à 25 ans l’agence Magnum aux côtés d’Henri Cartier-Bresson ; il en assurera la vice-présidence pour l’Europe en 1978-1979, et la présidence pour l’international entre 1992 à 1995.
Parcourant le monde depuis plus d’un demi-siècle, Bruno Barbey a couvert nombre d’évènements majeurs de l’histoire contemporaine récente, notamment la guerre des 6 Jours en 1967, Mai 68, la Révolution culturelle en Chine, la Pologne de Solidarnosc, la guerre du Vietnam. Bien qu’il ne se soit jamais considéré comme un photographe de guerre, il a couvert les guerres civiles au Nigeria, au Moyen-Orient, au Bangladesh, au Cambodge, en Irlande, en Irak et au Koweït (Guerre du Golfe).
Son travail, largement diffusé dans la presse, a été publié dans les plus grands magazines tels que Time, Newsweek, Paris Match, Stern, National Geographic, etc. a été récompensé par de nombreux prix.
Bruno Barbey est notamment connu pour son utilisation libre et harmonieuse de la couleur. Exposées dans le monde entier, ses photographies font partie des collections de nombreux musées. Le Petit Palais à Paris a accueilli en 1999 une grande exposition de ses images réalisées au Maroc au cours de ces trente dernières années, et la Maison européenne de la Photographie lui a tout récemment consacré une rétrospective, «Passages», témoignant de son double parcours d’auteur et de photojournaliste.
«Que ce soit dans le photojournalisme, dans l’utilisation de la couleur ou dans l’approche photographique singulière qui le caractérise, Bruno Barbey fait figure de précurseur », écrivait à cette occasion Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison européenne de la Photographie.


Jean Gaumy
Né en 1948, Jean Gaumy intègre en 1973 l’agence Gamma à la demande de Raymond Depardon ; en 1975, il initie deux reportages au long terme sur des sujets jamais encore traités en France, le milieu hospitalier (L’Hôpital, 1976) et carcéral (Les Incarcérés, publié en 1983). Il rejoint l’agence Magnum en 1977.
Egalement réalisateur, il explore dans ses films et reportages le monde de la vie rurale et maritime. Il réalise en 1984 son premier film, La Boucane ; d’autres films suivent, souvent primés, tous diffusés par les télévisions françaises et européennes. Cette même année, il commence un cycle d’embarquements hivernaux à bord de chalutiers qu’il poursuivra jusqu’en 1998 et qui donnera lieu en 2001 à la publication du livre Pleine Mer.
Il réalise de nombreux reportages en Afrique, en Amérique centrale et au Moyen-Orient. Son premier voyage en Iran se déroule lors de la guerre avec l’Irak en 1986, où il prendra une photo devenue célèbre de femmes iraniennes s’exerçant à tirer pendant la guerre Iran-Irak. Il se rendra dans ce pays jusqu’en 1997.
Après Jean-Jacques, chronique du bourg d’Octeville-sur-Mer vue par les yeux de l’« idiot du village » en 1987, il réalise son troisième film, Marcel, prêtre, en 1994, tourné en plusieurs années à Raulhac, dans le Cantal. Dès 2005, il engage les repérages et le tournage du film Sous-Marin (2006) pour lequel il passe quatre mois en plongée lors d’une mission à bord d’un sous-marin nucléaire d'attaque. Il entame un travail de reconnaissance photographique qui le conduit des mers arctiques aux territoires contaminés de Tchernobyl en Ukraine. Pour le même projet, il repart en 2010 à bord du plus récent des navires dédié à la dissuasion nucléaire.
Il a reçu le prix Nadar en 2002 pour Pleine Mer puis en 2010 pour D’après nature, une série de paysages de montagne. Il est nommé officiellement Peintre de la Marine en 2008.
 
La section de Photographie, composée de 4 membres, réunit Yann Arthus-Bertrand, Sebastião Salgado, Bruno Barbey et Jean Gaumy.
L’une des cinq Académies composant l’Institut de France, l’Académie des beaux-arts encourage la création artistique dans toutes ses expressions et veille à la défense du patrimoine culturel français. Elle poursuit ses missions de soutien à la création par l’organisation de concours, l’attribution de prix, le financement de résidences d’artistes et l’octroi de subventions à des projets et manifestations de nature artistique en France et à l’étranger. Constituée autour de l’idée de pluridisciplinarité, la Compagnie réunit cinquante-neuf membres répartis au sein de huit sections artistiques.

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