Thibaut Cuisset, vers ses paysages

Thibaut Cuisset est mort le 19 janvier, il n'avait pas soixante ans, encore beaucoup de beaux paysages à photographier. L'œuvre réellement commencée en 1985 l'avait conduit au Maroc, en Égypte, au Venezuela, en Australie, en Suisse, en Espagne, en Italie, en Grèce, au Japon, en Turquie, en Islande, en Namibie, en Syrie en Russie, bref sur une bonne partie du globe, tant qu'il lui offrait des étendues sereines sinon sauvages, dont il aimait estomper les lumières, jusqu'à ce qu'elles deviennent sa lumière. La France n'était pas oubliée, qui lui ouvrait ses campagnes conquises, ses fleuves et son midi. Tôt reconnu par les expositions collectives et personnelles, sollicité par les commandes institutionnelles, impliqué dans de régulières missions, Thibaut Cuisset avait pris la stature d'un photographe incontournable dès lors qu'il s'agissait de mettre au jour un territoire. Membre de l’agence Métis Images de 1990 à 1996, représenté par la galerie Froment Putman de 1995 à1997, Thibaut Cuisset était représenté depuis 2001par la galerie Les Filles du Calvaire à Paris. Les Prix, les bourses, les récompenses et les invitations en résidence ont jalonné ses trente ans de carrière, notamment le Prix de la photographie de l’académie des Beaux Arts qui lui a été attribué en 2009. J'ai personnellement peu rencontré Thibaut Cuisset, mais je me souviens de sa réflexion au détour d'une ruelle d'Arles en juillet 2008, à propos du prix Niépce qui était passé à côté de lui et dont il avait atteint la limite d'âge. Il n'y avait pas d'amertume, juste le sourire que lui inspiraient son goût des choses vraies et sa distance aux vanités.

 

Hervé Le Goff