Chloé Sharrock | Gaza’s longest night

Il est six heures, la nuit tombe sur Gaza. Bientôt, des quartiers entiers se retrouveront plongés dans l’obscurité tandis que les familles les plus démunies - la grande majorité gazaoui - allumeront quelques bougies afin de s’éclairer. 

En effet, l’électricité se fait rare dans l’enclave palestinienne, et les habitants subissent des coupures atteignant jusqu’à 20 heures quotidiennes. 

Provenant de trois sources différentes, l’électricité est actuellement le reflet vivide des tensions externes et internes auxquelles est soumis le territoire. La denrée est notamment devenue un moyen de pressurisation du Fatah contre sont frère ennemi, le Hamas, contrôlant Gaza depuis sa violente prise de pouvoir en 2007, et est devenue le point de départ d’une suite sans fin de conséquences socio-économiques. 

Les centrales d’épuration et de déssalinisation d’eau notamment, constamment à l’arrêt faute de courant, précipitent Gaza dans un fossé où s’entremêlent dans une danse macabre problèmes environnementaux et sanitaires, tandis que les structures de santé sont dans une impasse critique, puisque des milliers de vies dépendent d’équipements médicaux. Des départements entiers des hôpitaux se voient ainsi priorisés, certains établissements sont contraints régulièrement de transférer en urgence des centaines de patients lors des coupures, et de nombreuses opérations sont constamment repoussées. Et, avec une population vivant à 80% sous le seuil de pauvreté, les rares solutions tels que les générateurs ne sont que très peu accessibles, puisqu’ils nécessitent l’achat de fuel, trop coûteux.

De plus, depuis l’accession au pouvoir du Hamas, la circulation des biens comme des personnes s’est vue totalement limitée par la mise en place d’un blocus par Israël et l’Égypte, qui continue actuellement d’achopper toute possibilité de reconstruction économique. Pour le territoire, étiolé par les conflits et les tensions, ce blocus externe de longue date est ressenti comme une ultime sanction qui s’abat sur l’ensemble de la population. Le blocus vient ajouter aux restrictions de courant une difficulté supplémentaire de taille pour les structures de santé: les réserves de médicaments s’épuisent et font face à un déficit de 35 %, tandis que les patients les plus malades peinent à obtenir une autorisation de sortie de territoire qui leur permettrait d’obtenir des soins adaptés. 

Alors que la population dépend entièrement des aides extérieures, avec notamment plus de la moitié des habitants vivant sous le seuil de pauvreté et en insécurité alimentaire, la décision des États-Unis en janvier d’amputer de 65 millions de dollars son aide à l’United Nations Relief and Works Agency (UNRWA) — l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens — tombe comme un couperet alors que la situation atteint un point de non-retour. 

Si cette situation précaire n’est pas nouvelle, les soulèvements successifs depuis le début d’année marquent cependant un point de rupture pour l’enclave palestinienne qui, face à des conflits pléthoriques et une décennie de siège, menace de s’effondrer sous le poids d’une crise humanitaire sans précédent. Le 29 Mars 2018, 17 manifestants sont abattus lors d’une marche pacifique pour le droit au retour par les Forces de Défenses Israéliennes, marquant un pas de plus vers des tensions condamnant Gaza dans une de ses plus sombres années depuis le conflit de 2014.

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