Rendez-Vous Photo

L’ethnie Mosos, une société matriarcale | Bai Jinlong

Le créateur invité est Éric Schmitt

Après des années de bonheurs et de découvertes partagés entre les artistes photographes et le public, la galerie Basia Embiricos amorce une évolution naturelle  où la photographie est associée à  l'objet inédit et le  design contemporain qui sont mises en avant, pour habiter l'espace de collectionneur.
Nous souhaitons créer un lieu intime, un club d'initiés, d'amis, faisant la  part belle à la rareté  et à la découverte... des rencontres, des signatures de livres, des discussions....
Vous y trouverez l'inattendu, la surprise, un  conseil averti.

La galerie n’ouvre que sur Rendez-vous. 

Exposition du 5 novembre 2016 au 5 janvier 2017
Espace MBE, 14 rue des Jardins Saint-Paul, 75004 Paris

Éric Schmitt, designer est le créateur invité de ce Rendez-vous croisé.
La liste des objets et meubles exposés en bronze sur demande.


Les Mosos des provinces de Sichuan et de Yunnan

Les Mosos sont une ethnie qui habite principalement au Sud-Ouest de la Chine, entre les provinces de Sichuan et de Yunnan. Cette ethnie n’est pas reconnue pas les autorités chinoises comme une minorité nationale, qui a reconnu la moitié du peuple, qui réside au Sichuan, comme des Mongols, et l’autre moitié, qui réside au Yunnan, comme des Naxis. En réalité, du moins culturellement, les Mosos sont des descendants des Naxis et partagent la même langue avec les précédents. Cependant, ils sont un peuple unique en Chine pour des raisons précises, et forment un groupe éthique doté de leur propre système culturel très particulier.

Traditionnellement, l’ordre social des Mosos est un matriarcat, ils sont «  matrilinéaire  (les enfants sont rattachés au groupe parental maternel, qui les élève, leur transmet le nom et l'héritage),  matrilocale (les femmes sont au centre de leur famille et ne la quittent pas pour rejoindre leur conjoint après une union) et  avunculaire  (la paternité des enfants est excercée par leur oncle maternel)  »1 Néanmoins, la tradition la plus connue des Mosos en Chine reste le 走婚  (la visite furtive ou le mariage ambulant). Les femmes Mosos ne se marient jamais, elles auront plusieurs amants pendant leur vie, et la pratique du sexe est extrêmement libérale  : les jeunes hommes marchent entre les maisons des jeunes filles le soir selon leur désir, mais ils habitent jamais chez la femme; souvent, l’identité du père d’enfant est connu, mais le père est très peu présent. Cette pratique libérale du sexe attire l’œil des ethnologues mais aussi du gouvernement, sous l’ère de Mao, les autorités locales ont largement fait l’éloge de la monogamie, et ont plus ou moins forcé les Mosos à la pratiquer. Certains ethnologues doutent de l’efficacité de la politique du gouvernement et soupçonnent que le mariage ambulant est toujours très pratiqué.

Les amants s’appellent les azous dans la langue locale, ils appartiennent chacun à sa propre famille, tenue par la mère la plus âgée, et ne forment pas de foyer même après la conception de l’enfant. Pendant leur jeunesse, certains et certaines peuvent avoir jusqu’à des dizaines d’ajous. Dans la majorité des cas, le nombre d’ajou diminue avec l’âge, et les amants forment des relations stables avec un seul concubin/concubine. Malgré ce fait, l’enfant est toujours tenu par la mère et le rôle du père est minimal. Au contraire du matriarcat classique, l’oncle (le frère de la mère) est souvent très respecté dans la famille et très apprécié par l’enfant, il/ils jouent un rôle essentiel dans la famille tenu par la matriarche. Les Mosos prônent l’égalité des sexes  : dans le salon de la maison, les deux colonnes qui supportent le toit sont respectivement nommées masculin et féminin.

«  La mère dirige l’argent et l’oncle dirige les rites  » est un proverbe très connu, on y voit les traces d’une séparation de pouvoir.

La pratique du mariage marchant globalement est en chute rapide depuis quelques dizaines d’années, d’une part à cause du politique du gouvernement, d’une autre part à cause de l’influence du monde moderne et de la civilisation chinoise. Malgrés l’ouverture sexuelle et sentimentale, les tensions existent entre les amants  : les crises de jalousie sont fréquentes, il existe aussi de nombreuses chansons traditionnelles qui prônent la fidélité malgré le milieu.

Les origines de cette pratique sont un mystère, il a été prouvé que très peu de peuple dans le monde possède un système matriarcal et l’existence de cette hiérarchie sociale est souvent dûe aux conflits ou aux commerces qui privent les hommes de rester souvent au foyer. Or les Mosos, peuple peu nombreux et plutôt fermé, ne s’inscrivent pas dans les deux ces deux cas. Les ethnologues n’arrivent toujours pas à déchiffrer la cause de ce matriarcat. Cependant les biologistes, à l’aide d’une étude sur le génome mitochondrial, ont réussi à prouver que l’existence du matriarcat est récente.3

 

Références

  • 1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Moso
  • 2. Les choix de la culture et de la vie, Zhong He Hua
  • 3. L’étude des Mosos par l’ADN, Dr. Wang Chuanchao, Laboratoire de Biologie, Université de Fudan
Vendredi, 2016, novembre 4 - Mercredi, 2017, janvier 4