Stéphane Duroy – Again and Again

Dublin, 1980, Distress © Stéphane Duroy

LE BAL présente Stéphane Duroy – Again and Again : une exposition consacrée au va-et-vient du photographe entre une Amérique désenchantée et les fantômes de la vieille Europe. Stéphane Duroy réalisera pour la première fois au BAL une installation inédite conçue à partir de la matière de sa dernière série Unknown qu’il ne cesse de démanteler pour en révéler la dimension plastique. Pour une photographie en exil, embarquée toujours plus loin d’elle-même.

L’EUROPE DU SILENCE

L’Europe du silence, travail fondateur initié par le photographe dans les années 1980, s’impose comme la tentative de partir à la rencontre de la grande Histoire. Construite dans un mouvement au long cours, cette série consigne la vision d’un homme à la recherche de son identité et de la mémoire d’une Europe ébranlée par deux conflits mondiaux et de multiples dérives totalitaires. Stéphane Duroy en livre un récit fragile, emprunt de poésie et d’inquiétude, dont l’esthétique granuleuse et opaque se mêle au poids du temps et aux silences obscurs des paysages. Paraît en 2000 le livre du même nom, épuré et radical, en 20 images.

Depuis 1977, il affronte aussi une autre réalité. Celle de l’humain, des laissés pour compte, des ouvriers et des marginaux plongés dans la détresse d’une Angleterre thatchérienne en pleine mutation. Le livre Distress (paru tardivement en 2011), est l’aboutissement d’une immersion de plus de trente années dans un pays profondément meurtri.

LES ÉTATS-UNIS / UNKNOWN

Progressivement, le regard de Stéphane Duroy se déporte. Vers les États-Unis, terre d’exil pour des millions d’Européens ayant fui l’Europe et ses tragédies. De Coney Island jusqu’à Butte, dans le Montana, Stéphane Duroy arpente sans relâche le chemin symbolique des migrants. À leur pénétration plus avant d’est en ouest dans le territoire américain, correspond l’oubli progressif de la catastrophe première qui a rendu l’exil nécessaire. Oublier pour continuer, pour survivre. Pour Stéphane Duroy, cette disparition inexorable des repères, les ravages de l’esprit pionnier, le culte de l’opportunisme, le mirage du « tout-possible », fondent la puissance de l’Amérique et la minent en même temps. Comment trouver un ancrage dans une société du mouvement perpétuel, de la vitesse et de la ligne de fuite ?

« Nous, les Européens, avons construit le rêve américain, cette illusion monumentale à laquelle chacun de nous fait semblant de croire. » Stéphane Duroy n’en aura jamais fini avec l’Amérique, cette part maudite de lui-même. Il ne cessera d’y revenir, épris de ces terres à l’éclat sauvage, d’une lugubre beauté.

En 2007, son livre Unknown paru, Stéphane Duroy récupère une centaines d’exemplaires qui constitueront désormais la matière principale de son œuvre dans laquelle il peut tailler : coller, monter, découper, scinder une image, en insérer d’autres, décomposer l’espace de la page et la recomposer sans fin, ouvrir
une béance entre ce qui a été vu et ce qui a été imaginé. Tout revient, se rejoue, se recycle et renaît dans des livres comme des objets à essayer, à épuiser, méthodiquement, l’un après l’autre. S’échafaude peu à peu une archéologie de la mémoire, une sédimentation de matières brutes qui résistent et échappent, au récit, au rendu, au raccord. Bien au-delà de la photographie. Témoin d’un monde devenu irrespirable, Stéphane Duroy déracine son langage.

 

STÉPHANE DUROY / AGAIN AND AGAIN | du 6 janvier au 9 avril 2017

Commissaires : Fannie Escoulen et Diane Dufour
En partenariat avec : anthea associates
L’exposition se prolonge chez LEICA, du 5 janvier au 8 avril, 105-109 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
Avec le soutien de Circad, Leica, Picto

Vendredi, 2017, janvier 6 - Dimanche, 2017, avril 9