Marc Riboud, Premières images 1953-1960

C'est toujours intéressant de remonter le temps, du moins tel que le permet une rétrospective. Ses rétrospectives, Marc Riboud ne les compte plus, mais l'accrochage du Plateau à Lyon a ceci de singulier qu'elle remonte très tôt, aux premières photographies d'un adolescent devenu ingénieur avant d'être photographe. Il ne s'agit donc pas de photographies d'enfance et ces premiers déclics ne sont pas ceux d'un petit génie. Il s'agit plutôt des photographies du jeune homme d'un milieu aisé qu'on aurait bien voulu voir faire carrière dans les affaires familiales au lieu de s'intéresser ce trop près à son appareil holding, cadeau paternel à son ado taciturne.

La période concernée court entre les années 1953-1960, elle commence au moment où, venu de Lyon sans le diplôme d'ingénieur auquel aurait dû le conduire ses études à Ecole centrale, Marc Riboud se promène dans Paris, découvre la poésie de la Seine et fait sur la Tour Eiffel une photo qui, publiée dans Life, étonnera le monde et avant de s'attacher à son œuvre comme la Joconde à celle de Léonard. 

La rencontre avec Henri Cartier-Bresson et Robert Capa sera déterminante qui ouvrira les porte de la jeune agence Magnum et bientôt le vaste monde, à la faveur des missions confiées et qui laissent aujourd'hui des images magistrales qui, pour des essais se transforment vite, à l'âge d'à peine trente ans, en une étonnante maîtrise. Sous son titre un rien réducteur l'exposition redessine une vraie démarche d'auteur calquée sur un parcours initié en Yougoslavie et en Angleterre, qui passe par le Moyen-Orient et l'Afghanistan pour atteindre l'Inde visitée sur une année entière. La  Chine découverte en  1957 ne demandera pas plus de trois mois pour entamer une relation qui se prolongera sur toute une vie. De l'étape suivante, au Japon, sortira "Women of Japan" le premier d'une longue suite de livres à venir. L'Alaska, le Mexique et l'URSS achèveront ce premier septennat chez Magnum, dont la production fait l'objet de l'installation au Plateau de Lyon. Où l'on voit que la carrière commencée avec ce qu'on peut appeler une maturité précoce rassemble déjà tout ce qui fait la dimension de l'œuvre que Riboud continue encore aujourd'hui : une dimension documentaire qui refuse l'ennui, une inclination à l'insolite sans le travers comique, et surtout un profond amour de l'humanité, enfant prodige du regard et de la philosophie.

Hervé Le Goff 

•Marc Riboud, Premiers déclics. Le Plateau, quartier de La Confluence, Lyon. Jusqu'au 21 février 2015