Jean-Yves Lemoigne : De la photographie publicitaire au travail d'auteur

On connaissait bien ses affiches pour Perrier, Meltin Pot jeans, ou plus récemment, Canal+. Photographe français très prisé par les grandes agences de publicité (LOWE, Ogilvy, Euro RSCG, CLM BBDO, Young et Rubicam...), Jean-Yves Lemoigne a bâti son nom sur l'originalité de son style et l'humour décalé de ses images. Découvrez ici sa nouvelle série personnelle et les raisons qui l'ont poussé vers la photographie d'auteur. 

Photographie.com : Photographe de pub connu et reconnu, vous préparez en ce moment une série personnelle sur l'individu et son rapport aux autres. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Je suis reparti d’une série que j’avais faite il y a cinq ans, sur la vie quotidienne d’un pictogramme. J’avais utilisé un costume qui m’avait bien plu dans son rendu photographique. La série de l’époque était courte, ludique et légère. J’avais envie d’utiliser le même moyen mais d’aller plus loin. Ce type de costume est intéressant, il transforme le corps et le rend anonyme.

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© Jean-Yves Lemoigne

Pour ma première série personnelle importante, j’ai voulu aller aux fondamentaux de ce qui m’intéresse : photographier un homme dans un espace. L’homme contemporain est devenu le rouage d’une société très complexe. On vit dans une société qui vante l’individualisme d’un côté et de l’autre pratique l’uniformisation. Une société de six milliards de personnes est une société standardisée pour mieux pouvoir répondre aux besoins de chaque individu : travail, loisir, transport… Dans cette société standardisée, l’homme est anonyme, uniformisé, normé. C’est une particule élémentaire dans la masse globale.

Le costume zentaï correspond parfaitement à cette vision de l’homme comme particule élémentaire : il rend n’importe quel individu le plus uniforme possible ; on ne distingue plus de visage, plus de race, plus de sexe…

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© Jean-Yves Lemoigne

Pour commencer, le corps social qui me semblait pertinent pour cette série est l’armée. L’armée a déjà son uniforme, sa couleur ; l’individu disparaît déjà au profit du corps militaire. Cela me permet de mettre ces personnages en action en pleine nature. Je cherche le plus grand contraste possible entre ces personnages lisses et la richesse des différentes textures naturelles, minérales ou végétales.

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© Jean-Yves Lemoigne

J’ai souvent un point de vue en hauteur sur ces petits hommes de couleurs vives. Ils peuvent  alors faire penser à des petits jouets, à des petits soldats de plombs dans un panorama hyperréaliste. Cela m’a amené à réfléchir sur la question de la tradition de la représentation des batailles militaires depuis le moyen-âge jusqu’à maintenant (j'ai constaté que la guerre n’est finalement pas si présente dans la photographie contemporaine).

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© Jean-Yves Lemoigne

Rapidement, un  deuxième axe de travail m’est apparu. Le tourisme contemporain de masse. J’étais toujours à la recherche de mettre cet homme lisse et standard face à cette nature riche et complexe. Le tourisme apparaît alors comme une évidence. Je suis donc allé à la recherche de ces lieux emblématiques où l’homme d’aujourd’hui se déplace par milliers. Le pouvoir de projection de cet axe de travail est puissant, nous faisons tous partie de ces petits personnages.

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© Jean-Yves Lemoigne

Photographie.com : Pouvez-vous nous expliquer comment l'envie de créer une série personnelle est née ? Est-ce que la façon de mettre en oeuvre une série personnelle est très différente de l'approche adoptée pour la photo publicitaire ?

La série est née de mon envie de faire un travail plus intemporel et personnel que les photos que je réalise habituellement pour la publicité ou la mode. Et l’envie de travailler aussi pour moi égoïstement, tout en mettant en œuvre mon savoir faire de mise en scène, de postproduction.

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© Jean-Yves Lemoigne

La préparation (production) de ce genre de travail n’est pas si différente d’une photo publicitaire sauf le budget. Je réfléchis à quelques situations possibles dans le genre de lieux vers lequel je vais (montagne, mer). Une fois sur place, je me promène en ayant en tête les différents scénarios. Un lieu apparaît alors plus évident qu’un autre.

Ce qui est intéressant c’est que je travaille complètement seul sur ce projet. Je suis tout le monde. Je prends les différentes poses, l’appareil est en mode automatique, la photo finale est ensuite composée d’environ 30/40 photos parmi 200 photos. Cette méthode m’offre une grande liberté. J’ai un assez grand plaisir à imaginer tous les détails et interactions entre chaque personnages. C’est assez plaisant d’avoir tous les rôles, mais il faut être rigoureux.

Propos recueillis par Roxana Traista

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