Que le monde était beau

Lorsque Gilles Mora, le directeur artistique du Pavillon Populaire invite son complice de toujours Alain Sayag comme commissaire d’exposition, c’est encore pour une proposition surprenante. Ce printemps à Montpellier, ce binôme de choc nous fait découvrir le parcours d’Hélène Hoppenot, une aventure littéraire et photographique à la fois singulière et universelle.

En noir et blanc tout d’abord, puis avec des touches de couleurs, l’exposition entièrement créée pour le Pavillon Populaire par Gilles Mora, révèle au fil des pays traversés de 1933 à 1956 par Hélène Hoppenot combien ce monde était beau. Celle dont le Journal est en cours de publication, traduit par la photographie –choisie par défaut– la perte irrémédiable de l’innocence des mondes qu’elle visite. « Ne sachant ni dessiner, ni peindre il ne me restait que la photographie que j’ai apprise seule et par l’observation ». Elle incarne alors ce photographe amateur, seul peut-être à même de préserver « ce sentiment de bonheur » du voyageur lorsqu'il s’immerge dans un pays qui le touche.

Ses photos semblent à la fois belles et familières, issues d’un album de voyages d’un aïeul aventureux et esthète. L’exposition simple dans sa construction par pays est exactement cela, un album de famille où Alain Sayag nous arrête sur certaines pages et raconte les histoires sous-tendues des images. Elles sont en contre-point intime, humaniste bien sûr, des conflits qui ravageront son siècle.

La Chine qui l’initie à la photographie est traduite de traits, de courtes phrases calligraphiées, jamais terminés. C’est l’ensemble des moments du parcours qui construit le roman. Certains sont précieux. Les poses de l’Amérique Latine (la jeune fille à la fontaine prise au bord du lac Atitlàn, à la frontière du Guatemala et du Pérou), la marginalité de l’Amérique du Nord (celle des vendeurs ambulants à New York ou des indiens Hopi), puis en Indochine : photographe de la beauté du monde d’hier. À Paris même, elle devient surréaliste. Ses vitrines de magasins ou les « monstres » exhibés dans les baraques foraines, sont des images que Brassai ou Man Ray auraient pu signer, estime Alain Sayag. N’est-ce pas surréaliste que de vouloir saisir la beauté du monde ?

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