Marianne Barthelemy | So our children grow wings

Pour de nombreux afro-américains, l’éducation publique est la première experience de discrimination et violence faite par l’état. Les étudiants noirs ont trois fois plus de chances d’être renvoyés de l’école que leurs homologues blancs. Aux États-Unis en 2013, 70% des arrestations dans les écoles concernaient des étudiants noirs et latinos.



Konjo Isizwe est une coopérative afro-américaine d’éducation à la maison (homeschooling), centrée autour d’un enseignement de la culture et de l’héritage Africain, ainsi que d’une excellence académique. Pour Yahoteh Kokayi, un des parents fondateurs de l’école, le black homeschooling est un véritable mouvement qui a pour but de mettre fin à la school-to-prison-pipeline (phénomène où les jeunes de milieux désavantagés sont disproportionnellement incarcérés à cause de politiques de plus en plus répressives dans les écoles et les municipalités), aux bas taux d’obtentions de diplôme de lycée, et à l’oppression générale des personnes racisées. 

C’est donc à Flatbush, un quartier de Brooklyn historiquement afro-Américain, qu’une maison résidentielle fait office d’école pour une dizaine d’enfants entre 3 et 9 ans. En semaine, des petites tables et un tableau blanc sont installés dans le salon qui devient un lieu d’apprentissage et d’échange. La salle de classe n’est alors plus le lieu d’aliénation ou de subjugation qu’elle a été pour tant de noirs américains (dont les parents fondateurs de Konjo), mais un espace de sécurité et de comfort, où l’éducation s’intègre au quotidien familial. L’école devient un “safe space” où les noms ne sont pas écorchés ni les coupes de cheveux critiquées. Toutes les questions sont permises et les enfants apprennent à leur rythme et à leur façon. Il règne une ambiance de jeu, d’entraide, et d’apprentissage. Les enfants sont “frères et soeurs” de l’école.

Beaucoup de reportages sur des communautés historiquement marginalisées, particulièrement sur les noirs américains, ne font que renforcer des stéréotypes. Pour ce projet, le noir et blanc fait écho au photojournalisme traditionnel et aux rapports de force historiques entre le documentariste et les communautés qu’il photographie, tout en proposant un récit différent, complexe et humanisant. L’oeuvre multimédia contribue à cette complexité en mettant en avant la voix d’une mère et les récits qui forment son héritage.

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