Arnaud du Boistesselin | Tirage de première nécessité

En période de crise sanitaire mondiale due au coronavirus, le photographe Arnaud du Boistesselin propose un concept photographique original : la photographie de première nécessité comme le vecteur d'une nécessité de montrer.
En respectant les règles du confinement Didier de Faÿs a rencontré Arnaud du Boistesselin.

Didier de Faÿs : Comment est né le concept du tirage de première nécessité ?

Arnaud du Boistesselin : En rentrant d’Égypte en 2015 j’avais transformé un ancien garage de la Belle de mai à Marseille en une galerie photo, l'Hypothèse du lieu. Elle comprend un petit atelier pour la réalisation des tirages et une partie galerie. J’ai voulu que cet endroit corresponde à ce que l’on a complètement perdu, l’envie. Ce mot d’envie est quelque chose de très important dans ma démarche de photographe. Pour qu’il y ait quelque chose qui soit moteur il faut cette notion d’envie.

Cette galerie commence à fonctionner, elle est maintenant reconnue, elle fait partie du réseau Photo Marseille. J’ai un gros programme pour cette année 2020 et bien évidemment ce programme est reporté, mais loin être annulé ! 

Donc soit je prends des Kleenex et je pleure, ou j’essaye de voir comment on peut s’adapter : la galerie est un laboratoire, ça permet d’essayer.

Il y a quinze jours, au début du confinement, on ne parlait que de produits de première nécessité et ça fait un flash : cette première nécessité n’est pas forcément dans le fait de se nourrir, elle est aussi dans le sens d’exister et pas seulement par les aides que l’on nous accordera plus ou moins, mais par la diffusion de notre travail et une diffusion que beaucoup de personnes ont oublié qui est l’achat. Il faut continuer à exister, il faut continuer à acheter de l’art à des artistes vivants.

J’ai un listing de 1500 personnes plus ou moins dans l’art, je vais leur montrer qu’il y a cette nécessité. Le fait de communiquer, d’envoyer des images, d’envoyer des choses qui sont très conceptuelles non pas dans l’image mais dans la démarche c’est continuer d’exister comme auteur, comme artiste, comme photographe, comme galeriste. C’est aider en achetant des œuvres, je vends les tirages signés et numérotés moitié prix avec le label Tirage de première nécessité ; la diffusion se fait dans un premier temps avec un fond d’écran qui est la garantie d’avoir l’image et puis, plus tard, d’avoir un tirage et savoir que ce tirage arrivera. C’est une relation de confiance.

DdF : Quels ont été les réactions à cette proposition ?

AdB : Il y a eu des ventes mais cette démarche en a agacé quelques confrères qui se sont désabonnés. Ils devaient trouver que cette démarche n’était peut-être pas très juste. Dans la réalité c’est faux. C’est la nécessité de ne pas demander autre chose que la rémunération juste de son travail. Ce qui peut avoir gêné c’est de dire comment peut-il oser parler de nécessité en vendant des tirages ? Pour moi c’est de première nécessité parce qu’à part ma retraite ridicule je n’ai aucun autre revenu. Donc si je ne vends pas les tirages, je n’arriverais pas à avoir le minimum de ce qu’il me faut tous les mois pour arriver à une vie normale. Et j’ai une vie normale très monacale. Mais même cette simplicité à un coût et les aides ne viennent que si les autres choses ont été défaillantes.

Preuve fugace de l'existence de l'Arlésienne
Arles la nuit
Tirage original signé et numéroté à 30 exemplaires

DdF : Parlez-nous des premiers rendez avec les tirage de première nécessité.

AdB : J'ai commencé dans #1 par l’Arlésienne parce que Arles ce sont les Rencontres d’Arles, et cette Arlésienne on ne la voit jamais dans l’œuvre de Bizet ou celle de Daudet, donc c’est un scoop ! Et puis il y a une botte de radis extraite d’une série de natures mortes en basse lumière, en argot, le radis c’est l’argent. C’est pour cela que cela s’appelle Le porte-monnaie bio. La troisième représente un cheval avec des artisans qui travaillent derrière. C’est une photo qui était prise au musée d’agriculture du Caire dans l’atelier de restauration et donc c'est restaurer l’image du photographe. Ces trois premières images étaient importantes.

Allégorie du porte-monnaie bio
Studio lumière du jour en basse lumière
Tirage original signé et numéroté à 30 exemplaires

Allégorie de l'Agriculture égyptienne, Musée de l'Agriculture du Caire
Tirage original signé et numéroté à 10 exemplaires

Pour le second épisode #2 je me suis dit qu’il y a toujours une grande difficulté à choisir donc je ne vais mettre qu’une seule image. J’ai trouvé qu’il était intéressant de parler de la lumière et du trésor et ainsi de rappeler un peu ma période égyptienne.

Pour la troisième #3 une amie m’a conseillé de prendre plus de risques et de mettre des images plus sociétales, plus documentaires.

J’ai pris donc ces trois panoramiques issus de la série sur le Rideau des femmes, rideau qui cache les femmes dans les mosquées. Je les ai choisis pour leur aspect esthétique. Ces images sont importantes, elles ont été exposées plusieurs fois. Elles ont servi de base à un article écrit pour la Revue des femmes philosophes de l’Unesco.

DdF : Diffuser le tirage d'un auteur est d'une première nécessité ?

AdB : Oui, il faut que cela fonctionne. C’est important parce que nous ne sommes pas des choses éthérées, l’artiste n’est pas un concept conçu pour faire peur aux gosses, nous devons pouvoir vivre décemment de notre travail sans avoir l’obligation d’un autre métier à plein temps.

DdF : Et le prochain rendez-vous ?

AdB : Le prochain envoi aura toujours ce clin d’œil. Je pense qu’il n’y aura qu’une image et je voudrais que celle-ci puisse bien passer. Mais je ne sais pas encore laquelle, je n’ai pas décidé et je n’envoie les images que lorsque j’en ai envie. Alors pour me suivre abonnez-vous à ma newsletter.

Allégorie de l'Agriculture égyptienne, Musée de l'Agriculture du Caire
Tirage original signé et numéroté à 10 exemplaires

En période de crise sanitaire mondiale due au coronavirus, le photographe Arnaud du Boistesselin propose un concept photographique original : la photographie de première nécessité.