L’ interview Pro : Karl Taylor

Chaque mois photographie.com réalisera une interview d’un photographe commercial. Pourquoi ? Parce que dans « commercial » il y a le mot commerce. Pour survivre dans la photo, il faut manger tous les jours !

Kay Taylor possède deux qualités rares : être pédagogue tout en étant excellent photographe. Ce Britannique natif de l’île de Guernesey, anime depuis 12 ans un site web de formation sur la photographie : Karl Taylor Education. Pour le prix modique de 23 euros par mois, les membres de son académie peuvent consulter une centaine de cours. Tous les sujets concernant la photographie commerciale sont abordés : lumière, composition, postproduction, business. Une multitude de conseils qui permet aux professionnels d’optimiser leurs techniques.

L’interview accordée à photographie.com s’est déroulée par visio conférence. Karl Taylor était à Guernesey enfermé par le confinement. Seul au fond de son trou comme un hibou, il nous a livré ses pensées sur la photographie. Derrière un sourire affable et un humour très british, on sent chez Karl Taylor une volonté de fer. Celle qui part de rien pour construire un empire. Celle qui traverse à la nage les océans pour réaliser ses rêves.

Comment as-tu commencé ta carrière ?

J’ai débuté au début des années quatre-vingt-dix comme photographe de reportage pour la presse. Je voyageais dans le monde entier mais comme beaucoup de photographes de reportage, je gagnais très mal ma vie. Le peu que je gagnais, je devais l’investir pour financer le prochain projet. Découragé, je suis parti en Australie où j’ai été assistant dans un studio. J’ai appris énormément sur la lumière et la photographie de produits.
Je suis rentré chez moi en 1997 et j’ai ouvert mon studio. Je me suis alors lancé dans la photographie commerciale. J’ai travaillé dans différents domaines : tourisme, food, architecture, portrait corporate et puis je me suis spécialisé progressivement dans le produit.

Quand et pourquoi as-tu décidé de lancer ce service de formation ?

En 2005 avec le développement du numérique je me suis aperçu que beaucoup de photographes amateurs étaient intéressés par la technique. La photographie a toujours été un hobby pour des amateurs mais avec le numérique le nombre d’amateurs a explosé. D’une manière ou d’une autre, de plus en plus de gens étaient impliqués dans la photographie.

J’ai pris conscience de cette évolution et j’ai commencé à réfléchir à un business autour de la formation. Le contexte économique de l’époque a accéléré ma réflexion. La crise des « Subprimes » en 2008 a laminé mon chiffre d’affaires. Les agences de publicité et mes clients étaient tétanisés de peur. Je me suis alors lancé dans l’aventure de la formation en m’associant avec une société qui créait des sites webs. Nous avons produit des Dvds qui se sont écoulés comme des petits pains. Notre chance fut d’être diffusé par un magazine américain dont le tirage était de 500 000 exemplaires.

Il y a trois ans tu as décidé de changer ta politique de prix. Pour quelles raisons ?

Avec le temps, nous nous sommes rendu compte que les gens délaissés les Dvds. Nous avons imaginé un système de « Download » mais il ne fut pas très concluant. Rapidement s’est imposé un système de « membership ». Pour 23 euros par mois, le membre a accès à l’ensemble des ressources du site : les cours mais aussi douze années d’archives. Chaque mois nous produisons deux nouveaux « live shows » (shooting en direct) et deux nouveaux cours. Détail important de l’accord commercial : le membre peut résilier son abonnement à tout moment.

Afin que le modèle économique soit viable, ce prix modeste de 23 euros nous contraignît à trouver un grand nombre de membres. C’est chose faite aujourd’hui avec une centaine de milliers de membres. Seuls 20 % de nos membres sont Anglais, 25 % sont Américains, les autres sont Européens et Asiatiques. La grande croissance à l’heure actuelle se trouve en Asie (Thaïlande, Taïwan).

Depuis douze ans, comment a évolué ton audience ?

Lorsque j’ai commencé à produire des Dvds, les cours traitaient de la technique basique : ouverture, vitesse, cadrage. Notre cible était clairement les amateurs passionnés de photographie. Mais rapidement ce type de cours s’est développé sur les réseaux sociaux. Nous avons donc dû nous adapter. Nous sommes devenus plus pointus. Les sujets que nous abordons aujourd’hui sont destinés aux professionnels.

Comment trouves-tu le temps de créer des tutos et de travailler comme photographe de produits ?

Aujourd’hui je suis davantage occupé par mon business de formation que par mes clients traditionnels. Je n’ai plus à chercher constamment de nouveaux clients. Quand j’étais photographe de produits nous étions deux : l’assistant et moi. Aujourd’hui nous sommes 9 personnes à travailler pour Karl Taylor Education.

Comment fais-tu pour développer un business à Guernesey, comment vivre de la photographie sur cette petite île isolée ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, Guernesey est une île très dynamique économiquement.  Ce paradis fiscal abrite un grand nombre de sièges sociaux et de banques. De plus, Guernesey est à 40 minutes de Londres par avion. Nous avons (ou avions avant le Covid) cinq vols par jour à destination de la capitale. Je continue à travailler très souvent à Londres.

D’une manière générale, beaucoup de photographes ne vivent plus à Londres. La pandémie accélère le mouvement. Nous travaillons par visio conférence avec nos clients. Un système de caméras et de partage d’écrans, permet aux directeurs artistiques de suivre le travail du photographe en studio. C’est un gain de temps et de coût pour tout le monde.

Un de tes mantras concerne l’importance de la lumière diffuse. Pourquoi est-ce aussi important dans la photographie de produits ?

J’ai beaucoup étudié ces quinze dernières années la physique de la lumière : comment la lumière réagit avec les objets, comme elle se réfléchit sur les objets. Quelle est la différence entre la lumière d’un parabolique ou celle d’un parapluie ?
Dans la photographie de produit, l’essentiel concerne les facultés réflectives des objets. La plupart des objets possèdent des surfaces brillantes : les voitures, les cosmétiques, etc.

Les surfaces brillantes sont comme des miroirs. Il faut considérer ces surfaces comme des images. Elles sont les images des lumières source qui les illuminent. On ne peut donc pas utiliser une softbox pour illuminer directement un miroir. Il faut alors jouer avec les angles d’illumination et du matériel de diffusion. Au final c’est cette lumière diffuse qui devient le sujet principal de l’image. Une lumière qui est reflétée par la surface brillante.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Nous allons produire une dizaine de films sur la photographie de mode : du brief au maquillage, des fonds à la postproduction.
Nous ferons aussi des shootings de voiture et de moto ainsi que du portrait. Nous essayons de répondre à tous les besoins du marché.

Entretien réalisé par Benjamin de Diesbach, le 30 janvier 2021

 

Kay Taylor possède deux qualités rares : être pédagogue tout en étant excellent photographe. Ce Britannique natif de l’île de Guernesey, anime depuis douze ans un site web de formation sur la photographie : Karl Taylor Education.