Après un cru 2021 marqué par les contraintes de l'épidémie de Covid-19, les Rencontres d'Arles, qui fêtent en 2022 leur 53e année, se distinguent sans doute des précédentes éditions par le choix d'une plus grande ouverture sur le contemporain. Alors que du fait des évolutions technologiques chacun peut désormais avec son smartphone prendre des photos, les retoucher d'un doigt et les diffuser en ligne en quelques clics, le programme des Rencontres de la photographie invite à s'interroger sur ce qui fait l'essence de l'expérience de la photographie aujourd'hui.

Photographier, c'est produire des images qui donnent l'occasion de révéler aussi bien le visible que l'invisible et, à travers l'invention d'un regard, nous questionner sur ce que nous sommes, sur nos identités, sur le proche ou le lointain, sur les frontières que nous traversons ou celles qui déterminent nos existences.

La photographie, synonyme de performance, d'expérimentation et d'exploration

Bien que les photographies soient fixes, les sentiments ou réflexions qu'elles nous apportent demeurent d'une étonnante fluidité car l'acte photographique, avant de porter témoignage, est toujours synonyme de performance, d'expérimentation et d'exploration. Rien d'étonnant alors à ce que, parmi la quarantaine d'expositions proposée lors de cette édition, une attention particulière soit accordée à des femmes de différents continents qui ont adopté le médium photographique pour revendiquer, critiquer ou déconstruire les stéréotypes de toutes sortes qui traversent nos sociétés et ainsi donner corps à leur façon singulière d'exister. À travers leurs pratiques, elles rappellent la dimension éminemment engagée et sociale de la photographie.

Soulignons qu'un autre souci d'ouverture transparaît dans le fait que bon nombre d'expositions reposent sur des collaborations ou des coproductions entre des artistes, des commissaires et des institutions nationales ou internationales. Cela permet de croiser les regards sur la photographie et est un gage de renouveau. Cette volonté d'enrichir les propositions se retrouve également à travers les nombreuses expositions satellites organisées, bien au-delà du pays d'Arles, durant tout l'été. Le vent photographique des Rencontres soufflera en effet également sur Avignon, Aix-en-Provence, Chateauvert, Le Puy-Saint-Réparade, Marseille, Mougins, Nîmes, Port-de-Bouc, Saint-Rémy de Provence et Toulon. Saluons cette heureuse initiative qui à l'échelle d'une région tout entière permet non seulement de rapprocher la photographie de ses publics mais aussi de défendre – et c'est un point essentiel pour faire vivre la photographie – la diversité de la photographie car qui dit d'autres endroits d'exposition que les lieux emblématiques d'Arles dit d'autres possibilités, d'autres scénographies, d'autres perspectives, d'autres regards et plus encore d'autres collaborations entre toutes les personnes qui œuvrent avec les artistes pour réaliser des expositions.

Michel Grenié