Nuit de la Photographie | Photographes du Web3 #2

Dimitri Daniloff - Alors on a ici Livio, FakeEye, qui est photographe et qui se dédie à la photographie en apnée. Donc il est photographe, il vend ses images en NFT. Il va vous raconter comment il travaille et comment il est arrivé dans le NFT.

Fakeye - Bonsoir tout le monde. Effectivement, je suis dans les NFTs depuis un peu plus d'un an. J’y suis arrivé parce que je m'intéressais aux cryptos et à la blockchain.

Je voulais vraiment comprendre comment ça fonctionnait. Et puis j'ai entendu le terme NFT qui n'était pas relié à la photo quand j'en ai entendu parler. Mais j'ai vite découvert beaucoup de photographes et je me suis dit que c'était vraiment une belle opportunité d'apprendre et d'approfondir le sujet. Et du coup, après avoir observé un peu, pas très longtemps.

Je suis quand même rentré dans le NFT, un peu en mode degen comme on dit.

Dimitri Daniloff - Explique ce que ça veut dire.

Fakeye - C'est un terme très spécifiques, en mode degen, ça veut dire qu'on aurait dû réfléchir un peu plus à ce qu'on voulait faire [degen=degenerated/dégénéré, ndlr]. Du coup, j'ai minté assez vite mes œuvres mais sans vraiment connaître du monde. On en a parlé beaucoup ce soir de la communauté et l'importance de créer des relations, que ce soit ici ou via Twitter principalement. Et au début, je n'avais pas très bien compris que c'était le cas. J'ai minté très vite et je n'ai pas vendu très vite.

<Interruption dans la salle, un spectateur : Vous ne parlez que d'argent !>

Fakeye - Non, mais je ne parle pas que d'argent. Il faut bien qu'on mange, Monsieur. Je ne sais pas si on est photographe ou pas. On n'est peut être pas tous dans le même cas et ce n'est pas très poli d’interrompre quand je suis en train de parler. Je viens juste de prendre le micro, donc ce n'est pas très sympa. Ça fait une minute que je parle. Depuis le début de cette conférence, vous n'avez pas écouté la même chose. C'est pas grave.

Dimitri Daniloff - Donc voilà le travail de Livio, qui est photographe, qui travaille uniquement en apnée et qui est bien ancré dans le réel. Parce que je pense qu'en travaillant en apnée, il y a peu d'autres photographes même, qui pourraient être aussi bien ancrés dans le réel que lui.

Parce que non seulement Livio est apnéiste, mais il fait ses photos en apnée, donc ça veut dire qu'il travaille toutes ses images [en très peu de temps]. On a combien de temps pour les réaliser quand tu descends en apnée?

Fakeye - Alors ça dépend de la profondeur et du temps qu'on me laisse de récupération de la surface. Mais en général, c'est environ, on va dire en moyenne, une minute 30 secondes sous l'eau.

Ma passion, c'est l'apnée, ça me permet d'être en symbiose avec les modèles qui sont aussi apnéistes

Dimitri Daniloff - Voilà pourquoi, dans le concret, il est bien ancré dans la réalité.

Fakeye - Voilà. Et pas du tout pour l'argent, comme le dit ce Monsieur. Ma passion, c'est l'apnée et je fais tout pour le pratiquer au maximum durant l'année. Et le fait de le faire en apnée, ça me permet d'être plus en symbiose avec les modèles qui sont apnéistes aussi. Et aussi, je pense que c'est une forme de liberté parce qu'on a beaucoup moins d'équipements. C'est beaucoup plus agréable et c'est un sport en lui même. Il faut vraiment un entraînement spécifique pour avoir une bonne condition pour pouvoir réaliser des photos. Parce que mon équipement, c'est un appareil photo comme on a tous. C'est soit un réflex, soit un hybride qui est dans un gros caisson qui est très lourd et encombrant. Du coup, ça rajoute beaucoup de difficulté à la plongée. Ce sont quelques clichés que j'ai réalisé, que j'apprécie particulièrement et c'est important de le préciser, tout est fait en apnée.

L'artiste était exclu du système • il ne devait pas parler d'argent • dans le monde du NFT il y a une transparence des rémunérations

Dimitri Daniloff - Alors merci, Je voulais juste revenir sur le thème de l'argent. Effectivement, on en parle parce qu'il y a un changement dans la façon de gérer son argent. C'est qu'un artiste, jusqu'à maintenant, il était un peu exclu du système. Il ne devait pas trop parler d'argent et il y a un énorme changement à l'heure actuelle dans le monde du NFT, c'est que les artistes affichent ce qu’ils gagnent et c'est un vrai changement par rapport à la mentalité aussi. C'est qu’on a le droit, en tant qu'artiste de dire combien on a vendu son image. On a le droit, on a besoin d'en vivre. Il y a beaucoup d'artistes qui pouvaient pas jusqu'à maintenant survivre ou même payer leur loyer. Il y a des gens qui sont passés par des situations qui étaient compliquées.

on rentre pas dans le NFT pour faire de l'argent mais il faut savoir l'utiliser, il faut savoir le gérer parce qu'il y a beaucoup d'erreurs à ne pas commettre

Donc oui, effectivement, quand on se réapproprie une technologie et un marché, je pense que c'est normal d'apprendre et de participer et de partager notre connaissance de comment on peut monétiser son image. Parce que, comme le disait l'interview qu'on a vue avant, on rentre pas dans le NFT pour faire de l'argent. Par contre il faut savoir l'utiliser, il faut savoir le gérer parce qu'il y a beaucoup d'erreurs à ne pas faire pour ne pas se retrouver… La première vente que j'ai fait, je ne l'ai pas vendue parce que je m'y suis très mal pris.
Donc il y a quand même des choses à partager, des expériences à partager. Alors, est ce que toi, ça a changé ta façon de travailler? Est ce qu'avant tu faisais moins d'images, plus d'images? Est ce que dans ta façon de faire, le fait de pouvoir déjà vendre des images, d'être en contact avec des collectionneurs? Est ce que ça change un peu?

Fakeye - Alors non, pas du tout, parce que je faisais déjà de la photo à plein temps, pour le plaisir et aussi pour le travail. Du coup, moi, je continue le même rythme de vie et j'ai ce plus des NFTs. Surtout, je tiens à le préciser, c'est que j'ai rencontré des personnes vraiment vraiment cool.
Et par exemple, avec Gokhan, ce n'est pas la première fois qu'on se revoit avec Yohan également. Donc on crée des amitiés. Et vous, ce sera pas la dernière fois non plus. Et je pense que c'est super important. C'est vraiment un plus. Il n'y a pas que l'aspect financier, loin de là. Très très loin de là.

Le NFT permet de rapprocher les photographes dans un mouvement de professionnels internationaux

Dimitri Daniloff - Alors je pense que c'est un bon point aussi sur le thème de la communauté. Parce que qu'est ce que ça permet ça ? Le NFT ou au delà ? On va parler de la communauté digitale, ça permet de rapprocher les gens. Jusqu'à maintenant, vous pouviez par exemple Livio pouvait faire des photos d’apnée, mais sans cette technologie, sans le numérique, il serait resté dans son coin à faire ses photos et il n'aurait pas pu les partager avec d'autres personnes qui aiment son travail, d'autres personnes qui sont peut être de l'autre côté du monde et qui ont la même passion ou pas, ou qui aiment juste son travail parce que ça lui permet d'accéder à une communauté et, du coup, de faire partie d'un mouvement, de faire partie d'une communauté. Je pense que ça revalorise aussi le travail de chacun des photographes de faire partie d'une communauté comme quand vous êtes photographe et que vous faites du paysage ou que vous faites de l'apnée, par exemple, qui sont des types de photo très spécifiques.

Si vous n'avez pas ce réseau, si vous n'avez pas tout ça, vous vous sentez à mon avis assez perdu. Et le fait de reconnecter avec des gens qui font la même chose que vous, qui vivaient mais qui vivent de la même façon, ça permet de se sentir comme faisant partie d'un mouvement.

Fakeye - Oui, tout à fait, C'est vrai, c'est très bien dit. Et puis ça nous permet par exemple, moi, comme je suis toujours dans le milieu sous marin, j’ai rencontré d'autres artistes via Twitter qui ne font pas la même chose mais qui font quelque chose de similaire. On discute beaucoup ensemble et on aimerait faire des projets ensemble pour avoir des fonds, pour des organisations, pour la protection des océans, et cetera. Donc, ça va au delà de l'argent.

Pour les projets, il existe des outils de répartition des recettes entre les auteurs ou vers des ONG

Dimitri Daniloff - Il y a aussi, comment ils utilisent cet argent? Parce que c'est aussi une des choses qui se développe beaucoup dans cette communauté.

Fakeye - Oui, c'est ça, ça va au delà.

Dimitri Daniloff - Tu peux expliquer les possibilités de répartition pour aider des organismes ?

Fakeye - Oui, on a beaucoup parlé de militer etc et cetera. Donc il y a des outils, il y a moyen de faire des contrats. Donc quand on fait notre smart contract sur la blockchain, il y a moyen de le faire de manière prédéfinie, séparée avec x portion de la somme qui ira à telle personne ou telle organisation. Donc c'est totalement transparent et c'est comme on dit, on le fait direct avant de lancer la collection.

Dimitri Daniloff - Oui, pour bien comprendre le principe des smart contracts, c'est encore une fois c'est complètement transparent. Il vous suffit d aller sur EtherScan et vous entrez le numéro du contrat. Et là, vous avez tout les détails, tout l'historique, depuis l'existence, depuis la naissance du contrat et vous allez pouvoir voir toutes les transactions, que ce soient les transactions qui entrent comme les transactions qui sortent, toute la trajectoire, tout l'historique de la photo. Et s'il y a une séparation [des revenus] comment tu as expliqué tout à l’heure et que tu veux envoyer 20%, 30%, 50% des revenus à une organisation écologiste ou ou quelque chose comme ça, le contrat le réalise automatiquement.
À partir du moment où l'acheteur appuie sur acheter, l'argent est transféré directement sur le compte d'une organisation écologiste.
Est-ce que ça a changé ta vie d'une certaine façon? Est-ce que justement, avec les connexions ?

Fakeye - Euh, oui. Maintenant, je passe beaucoup plus de temps en ligne qu’avant ! Ça c'est clairement le cas mais c’est bénéfique au final.

Dimitri Daniloff - Comment tu gères entre ton temps d’apnée et…?

Fakeye - Je m'entraîne et je suis dans l'eau. Et puis après, je reste un peu quand même avec mes amis dans la vraie vie. Mais après, le soir, je me couche plus tard que ce que je devrais.

Dimitri Daniloff - Tu as commis une erreur à ne pas commettre quand on rentre dans le monde du NFT ?

Il y a beaucoup d'arnaques, il faut vraiment prendre son temps pour observer, s’informer et comprendre 

Fakeye - Comme on l'a répété plusieurs fois, il faut vraiment prendre le temps de bien comprendre, surtout pour ne pas se faire arnaquer. Il y a beaucoup d'arnaques et ça peut arriver à tout le monde. Il faut vraiment bien comprendre ce qu'on fait, où on clique et et aussi de connaître un peu d’autres photographes, des collectionneurs, et cetera. C'est vraiment important de prendre son temps, comme Yohan Lolos l'a dit auparavant. Bien observer, bien s’informer.

Dimitri Daniloff - Dans les projets que tu disais que tu avais envisagé avec d'autres, ce sont d'autres artistes du monde NFT ?

Fakeye - Oui, ces deux photographes qui sont dans les NFT sont là depuis assez longtemps pour voir qu'ils sont sérieux. On a décidé de s'unir pour pour créer quelque chose ensemble.

Dimitri Daniloff - Et les projets écologiques? Parce que je crois que tu es impliqué dans des projets écologiques.

Fakeye - Moi, je suis dans des projets mais qui sont pas forcément liés au NFT, à la blockchain, en tout cas pour le moment. Comme il y a d'autres photographes qui ont leurs propres projets et leurs propres associations – parce que tout le monde est éparpillés sur la planète –. Il y en a beaucoup du côté de Hawaï. Du coup, les fonds, généralement, se dirigeront vers là parce que pour le moment, malheureusement, ce n'est pas encore super facile de trouver des ONG, des organisations qui acceptent les cryptos. Il y a toujours un peu des a priori. Et puis il y avait aussi la pollution [créée par les cryptos] avant le changement d’Ethereum. Donc il y avait quelques quelques problèmes et je pense que ça va changer assez vite les prochaines années.

Question - Une question : vous parlez souvent de collectif, de communauté, mais est ce que vous trouvez nécessaire de créer une DAO, c'est à dire une organisation décentralisée pour gérer ce collectif, cette communauté ?

Dimitri Daniloff - Alors, je parlais tout à l'heure du collectif Art From Future. [Jessica] est là. Peux-tu nous expliquer ce que le collectif fait ? Vous avez monté un DAO, si je me trompe pas.

Jessica Soueidi - Art From Future, c'est une communauté pour les artistes, les entrepreneurs qui sont intéressés par le Web3. On s'entraide sur un modèle de peer to peer. Donc ceux qui sont dans le Web3 depuis le début vont expliquer aux autres comment faire. On crée des événements artistiques décentralisés dans le métaverse et en physique. Et en fait, on s'est rendu compte qu'en travaillant en communauté, on arrive vraiment à se mettre en avant et en fait, ça facilite les ventes pour les artistes, et cetera. Et Megan qui est là, fait partie de Art From Future aussi. Son travail s'est très bien vendu lors de notre première exposition. Oui, on est en train de faire un DAO.

Le DAO, c'est un NFT utilisé de façon différente qui permet de voter pour l'organisation des projets 

Dimitri Daniloff - Pour ceux qui ne connaissent pas le DAO, c'est à dire Decentralised Autonomous Organisation. C'est une organisation autonome décentralisée qui permet un système de vote au sein d'une communauté par un système de smart contract. Donc encore une fois, c'est du NFT mais utilisé de façon différente et qui permet de voter pour l'intégration d'un nouvel artiste, de voter l'organisation d'une nouvelle exposition, de voter la répartition de fonds qui vont aller vers des projets humanitaires. C'est une communauté pour le moment qui est assez utopiste, dans le bon sens du terme. C'est là qu’il y a beaucoup de rêves. Il y a beaucoup de projets comme ça qui sont montés pour essayer de changer les choses. C'est ce que disait Livio tout à l'heure. Il y a des projets écologiques, il y a des projets pour défendre la pluralité…
Effectivement, l'utilisation des DAOs permet ce genre de choses.

Question - Juste une chose quand vous dites utopiste. Je dois signaler qu'en fait même tout le projet de la blockchain était un projet utopiste. C'était avec les libertariens qui voulaient résoudre un problème. Donc je pense que si le DAO peut devenir très actuel, c'est à dire pour gérer des communautés et que ce n'est pas une utopie puisqu'il y a beaucoup de DAO qui sont créés actuellement.

Dimitri Daniloff : les DAO ou les communautés doivent garder des proportions humaines pour fonctionner

Dimitri Daniloff - Non, ce n'est pas utopiste mais les projets et l'amplitude peuvent le devenir dans le sens où j'ai étudié récemment, par exemple, la taille d'un DAO. En fait, je pense qu'il faut revenir sur des proportions humaines. On est en train de parler de choses justement humaines. Oui, c’est digital ; oui, on est dans un monde virtuel, mais ce qui est transcrit au travers de tout ça, c’est quelque chose d'humain. Et quand un DAO, par exemple, s'il est trop grand, ça ne marche plus. Parce que justement, les gens n'ont plus envie de voter. C'est le principe des communautés, c'est une communauté jusqu'à [une certaine taille]. Je pense que Lebackpacker [Yohan Lolos] nous en parlait. C'est qu'à un moment donné, une communauté qui est trop grande, n’a plus autant d’intensité qu’une communauté qui va être plus petite mais qui va être beaucoup plus réactive et plus active aussi dans la participation. Le DAO, ça va être la même chose. Un DAO trop grand, va perdre de son intensité parce que la plupart des gens vont arrêter de voter alors qu'un DAO dont on va contrôler la taille, va maintenir des membres qui sont plus efficaces. Et je pense que tous les gens ici vont vous dire la même chose au sujet des communautés. Il vaut mieux une communauté plus petite mais dynamique qu’une communauté trop grande et passive.
On va continuer alors sur Gokhan Gokcay in English. C’est un photographe turc qui travaille avec les NFTs et principalement en noir et blanc sur la Street photography.

Gokhan Gokcay - Je ne comprends pas le français, je dois parler en anglais. Ce sera mieux pour votre santé, je suppose. Normalement, je suis dans le marketing depuis 20, 25 ans et il y a quelque temps nous sommes venus en famille ici. Et depuis 5 ans, je travaille comme photographe commercial. Depuis un an, je suis dans l'espace NFT. Depuis 20 ans, je fais de la photographie de rue. J'essaie de trouver un style de photographie qui me permette d'intégrer tous les aspects de la photographie et d'essayer de montrer au spectateur une forme simplifiée de mon point de vue.

Dimitri Daniloff - Vous connaissez vos collectionneurs ? Pouvez-vous les décrire ? Est-ce que vous les connaissez personnellement ? Est-ce que les gens à qui vous parlez, vous soutiennent ?

La proximité avec le collectionneur que permet le NFT, crée une connection émotionnelle

Gokhan Gokcay - Oui, je connais mes collectionneurs. Je connais certains d'entre eux, en face à face, d'autres que je connais par Twitter. La principale chose dont nous parlons tous est la communauté. Les collectionneurs sont toujours d'un grand soutien dans ce sens. Mais ce qui est bien, c'est que vous êtes beaucoup plus proche de votre collectionneur. C'est ce qui est différent dans les NFTs, parce que dans le passé, vous étiez un photographe qui crée une photo, puis vous aviez les galeries et ensuite, les collectionneurs. Et maintenant, le mécanisme est devenu beaucoup plus proche de vous. Donc vous êtes comme un artiste à proximité avec un collectionneur. Parfois vous connaissez le collectionneur et parfois le collectionneur sait ce que vous faites. C'est très agréable, dans ce sens. Bien sûr, vous ne changez pas votre style ou la façon dont vous créez, avec la proximité avec les collectionneurs, bien sûr. Mais, les connaître, c'est créer un lien beaucoup plus, comment dire, une connection émotionnelle.

Dimitri Daniloff - Livio tu connais tes collectionneurs ?

Fakeye - Oui, mais je n'en ai pas énormément. Par exemple, il y en a un et je ne sais absolument pas qui il est, comme on l'a mentionné plus tôt, parfois, les personnes sont totalement anonymes. C'est juste une adresse dans le wallet.

Dimitri Daniloff - Il y a des gens qui ne se déclarent pas sur la sur les réseaux sociaux, ils ne déclarent pas leur identité pour pouvoir collectionner de façon anonyme. Ces gens là, on les appelle les anons, les anonymes. Ceux qui sont révélés, dont on connaît l'identité. On dit qu'ils sont doxés. Donc moi, je suis doxé. Je pense que nous sommes tous doxés ici. Ça veut dire qu'on connaît l'identité de la personne qui est derrière un wallet.

Fakeye - Il y en a deux, je pense. Certains sont des amis virtuels. Je les ai pas encore rencontrés, mais on échange et on s'entend très bien.

Dimitri Daniloff - Encore une fois, on revient sur cette idée de communauté, c’est ce que j'ai découvert. Je pense qu'on a tous découvert ça ici : des gens avec qui on échange, avec qui on partage des connexions.

Gokhan Gokcay : L'intérêt des communautés du Web3 valorise votre travail artistique, c'est beaucoup plus réel que les likes ou les cœurs d'Instagram

Gokhan Gokcay - Oui, cela vous motive énormément. Ce n'est pas comme sur Instagram ou vous mettez vos photos et vous obtenez un like ou un cœur… À la place [dans le Web3] vous avez énormément de gens qui s'intéressent à vous et cela donne de la valeur à votre travail artistique. C'est beaucoup plus réel. Vos créations deviennent beaucoup plus réelles.

Dimitri Daniloff - On devait avoir un système de virgules pour vous expliquer des termes techniques du Web3. Il y en a un que je trouve très important qui s'appelle DYOR. C'est un terme que vous avez dû voir si vous suivez un peu l'actualité et qui revient assez souvent. DYOR, ça veut dire Do Your Own Research. Pourquoi pour moi, c'est l'un des termes les plus importants de cet écosystème ? Parce que, comme Livio le disait tout à l'heure, il y a effectivement, il y a des arnaques, il y a des faux profils qui se créent, qui essaient de vendre des faux NFTs. Ce sont parfois de vrais NFTs mais l'identité est fausse et plus un artiste va être connu, plus il va y avoir de possibilités que quelqu'un essaie de créer un faux profil à son nom. D'où l'importance et je pense que c'est dans tout le monde Web3, dans tout ce qui est en train de se créer, d'aller chercher l'information et de se renseigner à qui vous achetez l'œuvre d'art, de savoir quand exemple, si je collectionne un artiste, je vais aller voir deux ou trois fois sur son compte, voir s'il poste régulièrement, s'il est présent, s'il est actif. Parce qu'en général, quand il y a un faux, il disparaît aussi très vite parce que les autres vont le signaler. Donc le profil va disparaître assez vite. Donc c'est très important de se renseigner sur le profil de l'artiste, sur justement d'aller vérifier s'il a son propre smart contract. Parce que le principe du Web3, c'est de reprendre possession de tout son écosystème.

Do Your Own Research, Vérifiez, car il n'y aura personne pour vous aider s'il y a un problème

Mais ça veut dire aussi qu'il n'y a personne pour vous aider s'il y a un problème. D'où l'intérêt et l'importance de vous documenter et de faire vos propres recherches, que ce soit pour créer un wallet [un portefeuille numérique], que ce soit pour acheter une œuvre d'art à un artiste, pour que ce soit sur tous ces points là, il est très important d'aller chercher deux ou trois sources d'information différentes pour vraiment s'assurer que vous achetez bien au bon artiste. Il y a des artistes qui peuvent disparaître aussi.

Fakeye - Il y a aussi des faux collectionneurs qui rentrent dans vos messages privés qui vous parlent. Donc vous vous dites : ça y est, je vais certainement vendre une photo et au final ce sont des scammers. Donc faites bien attention aussi à ça.

Dimitri Daniloff - Megan, racontes nous comment tu arrives dans le NFT.

Megan Laurent - Bonsoir à tous. Moi c'est assez récent. J'ai débuté en février les NFTs. Au début, j'étais même assez réfractaire parce que par ignorance et c'est mon compagnon qui travaille dans le digital, qui m'a dit Vas y, essaye! C'est curieux, ça pourrait te plaire. Puis j'assistais en fait à une master class organisée par Annelise Stern et Jessica Soueidi qui sont aussi présentes ici.

Dimitri Daniloff - Alors justement, le DAO fait de la formation aussi. Encore une fois, on revient sur sur cette idée de partage.

Megan Laurent -  Ça m'a plu. Moi, je ne suis pas du tout une geekette. Voilà, je vais sur Photoshop, je travaille mes images, mais je n'ai pas une grande culture du web. En fait, moi, j'ai une pratique de l'autoportrait depuis plus de dix douze ans. C'est une pratique plutôt solitaire. Et là, je suis allée dans les NFTs de manière récréative en fait, pour le fun, tout simplement. C'est pour me faire plaisir, pour avoir une autre pratique artistique. Là [sur l'écran], ce sont des paysages d'Iran où j'étais en résidence artistique en 2017. C’était sur l'île d'Ormuz, dans le golfe Persique. Et ce sont les Rainbows Mountains. C'est très beau à voir et je les ai totalement retravaillés numériquement. Et en fait, c'était grâce à l'exposition Art From Future qui était sur la thématique Méta Dreams. Et cela a été une contrainte pour moi de recréer des images, mais ce sont aussi les premières [images] que j'ai vendues, en tout cas sur Tezos, qui est pour moi ma blockchain préférée.

 

Dimitri Daniloff - Explique nous pourquoi Tezos est ta blockchain préférée ? Justement parce que je pense que c'est important aussi quand je disais tout à l'heure Do Your Own Research. Même à ce niveau là, c'est choisir la bonne plateforme qui vous correspond par rapport à votre style, par rapport à votre votre mentalité. Explique nous pourquoi Tezos c’est mieux qu’Ethereum?

Megan Laurent : loin du Boy’s Club d'Ethereum, sur Tezos, il y a des meufs très solidaires, je suis ébranlée dans mes certitudes esthétiques

Megan Laurent - Mais déjà parce qu'il y a des meufs, c'est con de le dire. Mais voilà, il y a des filles et il y a, par exemple, tout un truc sur le female gaze. Je vois qu'il y a beaucoup de femmes qui achètent, qui sont très solidaires entre elles et moi j'aime bien. Je trouve que c'est moins Crypto bro dans le sens Boy’s Club, on va acheter entre mecs. C'est plus récréatif. Il y a des esthétiques très différentes sur Tezos et c'est ça qui me plaît. En fait, c'est d'être ébranlée dans mes certitudes esthétiques et ça, c'est vraiment intéressant.

Dimitri Daniloff - Alors oui, l'écosystème Tezos est un peu plus expérimental. Il y a peut être un petit peu moins de photos pour les photographes.  On est plus sur de l'art numérique. C'est un peu plus expérimental, mais la communauté est très, très forte. Il y a qu'il y a une vraie notion de communauté qui est plus difficile à trouver sur Ethereum.

Fakeye - Je suis d'accord avec ce que Megan a dit, et c'est bien d'expérimenter les deux je pense.

Megan Laurent - Je suis aussi sur Foundation et c'est une esthétique beaucoup plus léchée.

Dimitri Daniloff - Foundation est sur Ethereum, donc on est sur du one on one et sur Tezos, on est plus sur de la série. Il y a aussi une question de valeur de la blockchain elle même. Les prix [gaz fee] sur Ethereum sont en général de 0,01 Eth. Sur Tezos on est sur 10/20/30. Il faut savoir que 1 Tezos, ça vaut 1,50 €. Donc les prix sont vraiment très différents. Mais la façon de vendre aussi est très différente et la mentalité de la communauté est très différente.

Gokhan Gokcay - Pour la photographie, Tezos résonne davantage au niveau émotionnel pour moi. Et je ne trouve pas cela sur Ethereum : Opensea ou Foundation. J'ai trouvé sur Tezos des démarches beaucoup plus proche des miennes et qui résonne avec moi.

Si Ethereum est considéré comme une blockchains de riches, Tezos est plus artistique

Dimitri Daniloff - Il y a un autre concept important après le DYOR c'est le gaz fee. C'est ce que vous allez devoir payer pour enregistrer votre œuvre sur la blockchain. Donc sur Ethereum, les gaz fee. Ce n'est pas une arnaque. Encore une fois, au moment où vous enregistrer votre œuvre, votre image, si vous devez payer un gaz fee, oui, c'est normal, ça fait partie du smart contract. C'est que chaque opération est facturée. C'est inhérent au fonctionnement même de la blockchain. Sur Tezos, les gaz qui s'élèvent à 0,50 € je crois, c'est de l'ordre de quelques centimes. C'est rarement au dessus de rarement au dessus de 1 €. Ce qui permet d'être très inclusif puisque sur des pays d'Amérique du Sud ou ou en Afrique, il y a effectivement plus d'artistes qui vont pouvoir minter parce que c'est beaucoup plus abordable.
Ethereum a vu des problèmes récemment où les gaz pouvaient monter jusqu'à 100 ou 200 €. Vous imaginez que pour un artiste, devoir payer 100 € pour enregistrer une œuvre, c'était très cher. Depuis qu'ils ont fait leur changement [en septembre 2022], on est revenu sur des prix plus abordables, donc on est à 5 ou 10 € de gaz fee. Oui voilà. Mais oui, Ethereum est considéré comme une blockchains de riches, c'est à dire que les transactions, les prix, tout est plus élevé.  Tezos est considéré comme une blockchain plus artistique. Et effectivement c'est ce que nos invités nous disaient en termes de communauté sur Tezos et je pense que c'est plus créatif et plus risqué. En fait, il y a plus de gens qui prennent des risques que sur Ethereum.

Je voudrais juste finir avec nos trois invités qui nous explique si les NFTs ont changé quelque chose réellement dans la façon de vivre.

Megan Laurent : Il faut cesser cette dichotomie entre la vie physique et la vie digitale, où l'une serait vraie et l'autre fausse, il y a un continuum entre les deux

Megan Laurent - En tout cas pour ma part, ça a été de trouver un réseau solidaire pour véritablement de nouvelles rencontres. Comment tous l’expliquent.  Évidemment, ce n'est pas qu'une question de monétiser son travail, même si ça reste important. Il faut arrêter cette dichotomie entre la vie physique et la vie digitale qui serait vraie et l'autre fausse. Il y a un continuum qui s'est installé entre les deux et il est normal que nos photographies aussi transparaissent dans ces milieux digitaux.

Gokhan Gokcay : Le NFT rapproche le collectionneur de l'artiste, ce marché nous donne confiance

Gokhan Gokcay - Cela rend la vie plus facile. Vous êtes beaucoup plus proche du collectionneur en tant qu'artiste. Mais aussi du côté du collectionneur, quand vous possédez quelque chose, vous savez qu'il y a un marché auquel vous pouvez faire confiance et vous pouvez, en toute confiance, le proposer et il y aura des collectionneurs intéressés qui pourront l'acheter. Cela devient alors un investissement plus sûr pour une œuvre d'art que vous possédez. Donc, quand je vois ces réalités, je suis davantage en confiance avec le futur. Cette technologie va se développer de manière exponentielle pour la diffusion des œuvres pas seulement en valeur mais en audience.

Fakeye - Oui, j'ai un exemple de mon côté, grâce au NFT, j'ai des œuvres qui ont été exposées de l'autre côté de la planète. Elles ont été exposées sur des écrans géants. De mon côté, je pense que ça, ça révolutionne pas mal.

Dimitri Daniloff -  C’est une très belle histoire. Merci beaucoup. Merci à tout le monde d'être resté aussi tard. J'espère que pas que ça vous a permis de voir un peu à quoi ressemblait l'univers du NFT. À l'heure actuelle, c'est encore une toute petite communauté qu'on imagine que si ça s'agrandit, à l'heure actuelle, on est en représente 0,5% ou 1% de marché. Et on peut imaginer que si ça continue, dans 10 ans, 20 ans, on sera, on sera beaucoup plus nombreux.

Pour la première Nuit de la photographie au Salon de la Photo, Photographie.com a invité le monde de la photographie Web3 a partager une expérience professionnelle. Autour de Dimitri Daniloff, les perspectives nouvelles de la photographie en version 3.0 ont été explorées avec les photographes Fakeye, Gokhan Gokcay, Mégan Laurent et José Ramos.