L’orphelin de la Chine | Jin TIAN

En Chine, dans les zones rurales, la mise en place de la politique de l’enfant unique et le coût élevé de la vie ont entraîné l’abandon des nourrissons handicapés au profit de ceux en bonne santé. Le système de protection des orphelins ne parvient pas à être informé de toutes les demandes d’aides financières et de placements en foyer car le découpage de l’administration territoriale freine la circulation des informations.
Par conséquent, il est difficile pour la plupart des institutions de protection de l’enfance créées par le Ministère des Affaires civiles de la Chine de les soutenir au-delà du niveau des districts, alors que l’urgence se situe dans les cantons et les bourgs. Des bénévoles ont ainsi ouvert des orphelinats dits « populaires » pour étendre la prise en charge jusqu’aux niveaux cantonal et communal, plus reculés et isolés. Néanmoins, ces établissements n’ont pas les compétences requises pour être reconnus officiellement, et souffrent ainsi d’un manque de subventions, de matériel et de personnel.

Depuis 2015, j'ai visité des dizaines d'orphelinats dans toute la Chine.
J'espère que mes photos permettront aux gens de connaître les conditions de vie de ces enfants.
Dans le cadre de mon travail, j’ai pu, en adoptant les règles de vie que les enfants ont établies, gagner leur confiance et intégrer leurs micro-sociétés. Il m’arrive également de leur confier mon appareil photo, de sorte qu’ils puissent s’en amuser. Cette démarche ludique m’a permis, à travers leurs prises de vue, de comprendre leur vision du monde.
Il nous est naturel de percevoir leur situation comme étant “pénible”, de trouver leur futur “incertain” ou encore de juger leur vie “difficile”. Ces termes traduisant la souffrance et le tragique sont, au fond, des étiquettes construites par notre conception des droits de l’homme et d’autres valeurs morales, édifiées au sein de nos sociétés modernes. Ces enfants ne sont pas en mesure de comprendre notre sentiment à leur égard car ils n’ont pas matière à comparaison. Toutefois, au sein de leur propre société, certains d’entre-eux usent tout de même de leur force sur les plus faibles. On observe ainsi que le schéma de domination est présent à toute échelle.
Après tout, peut-être que lorsque nous apprenons à comprendre le monde à travers une rationalité normalisée, nous oublions ce que nous sommes à l’origine.

Jin Tian

Tian Jin est né en janvier 1986 dans le sud-ouest de la Chine. Il décroche d’abord une licence de cinéma au sein de l’Institut de cinéma du Sichuan, puis à partir de 2011 réside en France, où il étudie à l’Université Paris Diderot et à l’École de Photographie de Paris Icart-Photo, de 2012 à 2016.

Lors de déplacements de longue durée en Chine profonde, il réalise sa première série de photo intitulée « Les Herbes Folles : l’orphelin de la Chine » qui pose un regard sur les conditions de vie des orphelins en Chine rurale. Il a décroche avec cette série de photo le Prix de l’International Photography Awards.

Tian Jin travaille actuellement à la réalisation de deux projets. D’une part, depuis 2014, il s’est attaché à suivre les réfugiés birmans qui se sont installés à la frontière chinoise durant la guerre civile. D’autre part, il effectue des recherches sur les reproductions en papier d’objets du quotidien traditionnellement brûlés dans le cadre des rites funéraires en vue de satisfaire les besoins des mort dans l’au-delà et en particulier sur les reproduction en papier de produits de grandes marques de luxe.

Il aborde des sujet comme l’immigration, la pauvreté, la souffrance, les laissés-pour-compte, les phénomènes de vénération, la nature, l’urbanisation et l’influence de la société de consommation sur la vie urbaine.