Jonathan Abbou. Des Fictions Urbaines à Olympia

L'espace culturel Gingko'Art consacre une grande rétrospective à l'oeuvre du photographe Jonathan Abbou. De ses débuts à Toulouse dans les années 90, à ses années parisiennes marquées par l'influence du surréalisme, en passant par son séjour à Marseille et sa période "réaliste", les 70 oeuvres exposées à Pontoise retracent le cheminement de l'artiste dans le domaine de l'expérimentation formelle et narrative.

Né à Toulouse en 1967, Jonathan Abbou débute la photographie en 1989 et s'intéresse très tôt à l'art du tirage et aux procédés alternatifs. Inspiré par la liberté créative de Salvador Dali, l'artiste développe son non-conformisme esthétique et joue avec la matière photographique (ses négatifs et tirages sont régulièrement "malmenés"). "C’est une période où je cherchais une expression qui se voulait personnelle tout en ayant de réelles influences de l’ambiance et émulation artistique régnant sur place," dit-il. "La photographie se voulait plasticienne, le support servant de moyen d’expression."

En 1996, Jonathan Abbou s'installe à Paris, qui vit alors "une sorte de révolution sexuelle." Il fréquente les squats d'artistes, assiste aux fêtes "fétichistes", et pratique la photographie de nu ; tout en utilisant les moyens de son studio, il essaie de donner l'illusion d'une image réalisée à l'extérieur. "Le challenge était de photographier mes modèles dans l’intimité de mon atelier en donnant l’impression qu’ils étaient pris à l’extérieur, dans un contexte urbain," explique-t-il. "Les vues urbaines étaient réalisées au préalable, au fil de mes balades dans les rues de Paris, puis agrandies sur des feuilles argentiques ramenées de mon ancien lieu travail à Toulouse. En fonction des thématiques, je plaçais ces images dans mes décors." Sa série Fiction urbaine rappelle le travail des représentants du mouvement surréaliste français.

Ici est née la civilisation

Son séjour à Marseille, de 2005 à 2006, est une période difficile : l'artiste sombre dans la dépression et son regard suit le quotidien des habitants de la cité phocéenne. "Sur le quai du vieux port, on peut lire sur une plaque de fonte incrusté dans le sol "Ici est née la civilisation", raconte Jonathan Abbou. "Je me plaisais à dire au Marseillais nombrilisme et chauvin : "Ici est née la civilisation, mais elle n’a fait que passer. Elle n’est pas restée dans ville…"

De retour à Paris en 2006, l'artiste adopte la technique du light painting, qui lui permet de satisfaire son besoin de liberté lors de la prise de vue et de surprise au résultat. "Nous déterminons, le modèle et moi, la direction que l’on prendra, en faisant des repérages à pleine lumière," explique le photographe. "Si le modèle est doublé, les positions sont mémorisées par le modèle, pour qu’une fois la lumière éteinte, elle puisse se mouvoir sans contrainte dans l’obscurité et retrouver la ou les mêmes poses. Une fois ceci fait, je détermine le cadrage et stabilise mon Hasselblad 6 * 6 sur un pied qui ne bougera plus. J’éteins ensuite la lumière et déclenche mon obturateur sur une pose B (lente). Le modèle reste immobile tout le temps du badigeonnage lumineux. Les temps de lumière sur chaque partie du corps sont très précis, mais là ou l’aléatoire intervient, c’est que ce n’est jamais identique à ce que l’on a prévu." 

Roxana Traista

18/04/2012

randomness