L'Absente | Sylvie Valem

Le 5 mars 2016, je pars pour un voyage photographique à Venise quand j’apprends que ma mère a un cancer.
Vite partir .... pour vite revenir.
Ce voyage ne sera qu’une quête, ampli d’angoisse, terrifiée de la perdre : je la cherche dans chaque rue, chaque pierre.

Dès mon retour, je pars la rejoindre en Charente-Maritime. Nous faisons communions, en 30 jours nous rattrapons 30 ans : je ne la quitte pas, je la photographie à chaque instant, en couleurs, en vrai.
Les photos sont vite imprimées et collées dans les livres ramenés de Venise : ma mémoire.

C’est inévitable, sans cela tout partira, je sais que j’oublierai son visage, ses mains, nos mains.

Je suis à ses côtés jours et nuits, à chaque instant. Elle me dit que je pourrais être une bonne infirmière, je lui réponds avec un sourire que j’espère devenir une bonne photographe.
Elle décède le 14 avril.

Je veux encore ses bras, encore son odeur. Je veux être près d’elle.

En décembre je n’y tiens plus, je pars la retrouver, dans mon corps un trou, un vide, une béance.
Je suis où elle habitait, plus de maison : vendue ! J’explore alors chaque rue et j’imagine chaque lieux où elle a pu aller soit seule, soit accrochée à mon bras.

Je la veux partout.

J’ai apporté divers objets, foulards, gants et chaque jour une nouvelle rose, elle les adorait.Toutes ces choses me la font espérer près de moi. Je cherche son odeur, dans ma poche un sac plastique contenant 2 mouchoirs avec son odeur que j’hume, pas trop souvent pour ne pas user. Je retrouve l’odeur de sa ville, de la mer, du temps d’avant.

Je mets son foulard délicatement sur un banc, là où j’aurais voulu qu’elle soit, immortalise la scène et le range le cœur gros.Je l’emmène avec moi.

Cette quête de sa présence, le cri de son absence, pour un temps se pose.