A shaded path | Eliott Verdier

C’est un pays enclavé. Un pays de steppe et de montagnes, sans accès à la mer, une ancienne république d’URSS qui, avant le vingtième siècle, était peuplée de tribus nomades excellant dans l’élevage et la cavalerie. Un peuple sûr de son destin, entrainé par le chant des chamanes et sa foi dans les forces de la nature, qui fut sédentarisé tardivement par les Soviétiques, avant d’affronter désormais les défis de son indépendance.

Kirghizstan.

Ce pays encore méconnu d’Asie centrale attire l’œil du voyageur pour une raison simple : c’est une terre au carrefour des civilisations slaves, asiatiques, turques et mongoles, où cohabite la puissance du monde sauvage et des problématiques urbaines, un lieu à mi- chemin de ses glorieuses traditions et d’un avenir aux contours flous. Une terre au méandre de la modernité, où demeurent des interrogations essentielles. Avec ce qu’il a d’espérances déchues et de surprenante vitalité, la jeune République Kirghize est la parabole d’un imaginaire où s’entrecroisent de grandes aspirations et les vestiges de la période soviétique. J’ai voulu fouiller dans les entrailles d’un pays mystérieux, féroce, dont l’âme et le territoire conservent les aspérités du désenchantement. Kolkhozes abandonnés, vestiges de grandes infrastructures, cités tombées dans la désuétude, yourtes en montagnes et mines de charbon, gares éperdue, bergers isolés du monde, jeunes citadins, ancien capitaine d’un navire, paysage d’automne et rudesse de l’hiver, et ces yeux... toujours, on y revient. L’œil. Ce regard d’un écolier, d’une vieille dame, d’une ouvrière textile, d’un mineur, d’une infirme, d’un chef de gare ou simplement d’un homme errant...